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Sale temps pour les nouvelles émissions de dettes émergentes

Les émissions de dettes réalisées par les emprunteurs des marchés émergents au mois de juin n’avaient jamais été aussi peu élevées depuis dix ans, confirmant une tendance observée durant l’ensemble du second trimestre.

Dans un climat de détérioration de la confiance des investisseurs à l'égard des marchés émergents, et ce depuis plusieurs mois maintenant, les pays souverains et entreprises concernées ont seulement émis trois milliards de dollars de dettes obligataires en juin.

Selon les données du cabinet d’études Dealogic, ce montant n’avait plus été aussi faible depuis trois ans, tandis que le second trimestre fut également le moins prolifique depuis 2015.

Dernièrement, des émissions ont même été annulées ou reportées. La banque d'affaires américaine JP Morgan évoque entre autres un emprunt de 400 millions d’euros prévu par l'agence immobilière polonaise Echo Polska Properties, un autre de 300 millions d'euros de la société tchèque Atrium European Real Estate, ou encore, 400 millions d’euros de la société active au Ghana Vivo Energy.

Retournement de tendance

Cette activité atone sur le marché primaire traduit un retournement de tendance, alors que le mois de mars avait été record en terme de nouvelles émissions (85,9 milliards de dettes) et que le premier trimestre avait été le plus chargé de l’histoire, à hauteur de 177 milliards de dollars.

Par ailleurs, l’entreprise de gestion d'actifs Morningstar rapporte qu’entre janvier et mai, les flux investis en fonds de dette émergente (devises fortes et locales) commercialisés en France n’ont totalisé que 4,6 milliards d’euros, à comparer de 23,8 milliards pour l’ensemble de 2017 et 6,6 milliards en 2016.

Une baisse qui illustre la nervosité accrue des investisseurs au regard des performances décevantes enregistrées par la classe d’actifs, souligne Morningstar, rappelant que depuis le début de l’année et sur un an, les moyennes de catégories et les indices de référence sont dans le rouge.

En cause bien sûr, le regain de tensions internationales autour des craintes croissantes de guerre commerciale entre les Etats-Unis et le reste du monde, mais également la remontée du dollar et des taux américains.

Un mur de refinancement

La détérioration du sentiment des investisseurs arrive plutôt mal pour les emprunteurs souverains des pays émergents, eux qui feront face à un mur de refinancement dans les mois à venir et qui devront, selon les estimations de JPMorgan, refinancer 90 milliards de dollars de dettes arrivant à échéance cette année, somme qui devrait dépasser de peu les 100 milliards de dollars en 2019.

Pour Stefan Weiler, responsable chez JP Morgan du marché obligataire pour la zone EMEA (Europe, Moyen-Orient et Afrique), les emprunteurs ont été contraints de réévaluer leurs prévisions de prix. S'attendant à un été calme, l'activité devrait reprendre à partir de septembre, estime-t-il.

D’où viendront les potentielles émissions attractives ? Stefan Weiler épingle notamment les entreprises africaines ainsi que les émetteurs du Moyen-Orient. A l’inverse, il s’attend à ce que les émetteurs russes et turcs aient davantage de difficultés, dû à la prudence des investisseurs.

D’autres analystes pensent qu'il y a malgré tout des raisons d'être optimistes. C’est le cas d’Erin Browne, responsable de l'allocation d'actifs chez UBS Wealth Management, pour qui les fondamentaux économiques des marchés émergents "continuent de s'améliorer".

Selon Mme Browne, "même si les pays fortement endettés et en proie à des déséquilibres macro-économiques continueront d’être sous pression, dans un contexte dominé par la hausse des taux d’intérêts américains, il y a de réelles opportunités à saisir. Les rendements proposés par les marchés émergents sont en moyenne très élevés, significateur d’un signal haussier", estime-t-elle.

Erin Browne épingle la dette mexicaine dont la valorisation est selon elle « attractive » suite aux récentes élections dans le pays, et ce alors que la banque centrale mexicaine devrait achever un cycle de resserrement monétaire d’ici peu.

Sources

Financial Times, Emerging market borrowers have quietest month in 3 years