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Coup de mou pour les obligations « investment grade » américaines: explications

Le premier semestre de l’année 2018 fut l’un des plus mauvais en termes de performances pour le marché américain de la dette de qualité supérieure, tandis que les investisseurs commencent à s’inquiéter du niveau d’endettement élevé des entreprises.

Selon les données compilées par l’agence Reuters, le rendement global des obligations de qualité investment grade (rating allant de BBB- à AAA) a affiché un return négatif de 3,17% au terme des six premiers mois de l’année.

Une contre-performance qui s’explique bien sûr par la remontée des taux d’intérêts aux Etats-Unis (provoquant de facto une baisse des cours obligataires), mais pas que. De fait, la demande pour cette classe d’actifs a diminué, avec des flux investis dans des fonds IG légèrement supérieurs à 49 milliards de dollars au premier semestre, contre 66,5 milliards un an plus tôt.

Cet engouement moindre s’expliquerait par le fait que les investisseurs commencent à s’inquiéter du niveau d’endettement des entreprises américaines, et singulièrement, celles dont la dette est notée « BBB », soit juste avant la catégorie spéculative et dont l’encours a explosé ces dernières années.

Danger de basculement en catégorie spéculative

Il faut savoir que dans un contexte de crédit facile, énormément de fusions-acquisitions ont eu lieux outre-Atlantique ces dernières années. Or, pour financer ces méga opérations, les entreprises concernées ont eu recours à des émissions massives de dettes, avec comme conséquence, une détérioration de leur bilan.

Illustration de cette tendance et des risques qui pèsent aujourd’hui sur les bilans des sociétés américaines, la compagnie de produits surgelés Conagra Brands qui a racheté il y a quelques jours Pinnacle Foods pour 11 milliards de dollars.

Disposant d’un prêt-relais de 9 milliards de dollars, lequel devrait être refinancé par de la dette obligataire, Conagra Brands a vu dans la foulée la notation Baa2 de sa dette être mise sous perspective négative chez Moody’s, avec une possible dégradation qui la rapprocherait dangereusement de la catégorie spéculative.

Autre exemple significatif de la dégradation du sentiment des investisseurs, l’évolution négative des obligations du groupe de média américain Comcast Communication sur le secondaire, où son emprunt à 30 ans a perdu une dizaine de points. Une chute intervenue après l’annonce faite par Comcast d’une offre de rachat de 65 milliards de dollars par endettement sur les studios de la 21st Century Fox.

Le site allnews.ch, qui précise qu’il s’agit de l’émission de type Investment Grade la plus shortée aux Etats-Unis, ajoute qu’une acquisition de cette envergure susciterait une dégradation de la santé bilantaire de l’entreprise, justifiant la hausse de ses rendements obligataires.

Bradley Rogoff, stratège en crédit à la Barclays, note lui que l’encours du segment de la dette « BBB » serait devenu aujourd’hui plus important que l’ensemble de celui du marché obligataire spéculatif. Que se passera-t-il en cas de prochaine crise et si ces entreprises ne parviennent plus à se refinancer dans des conditions raisonnables, s’interroge-t-il.

 

L’activité devrait rester soutenue sur le primaire

Même si aujourd’hui, il est illusoire de se positionner sur le marché primaire et d’engranger un gain rapide dès les premiers échanges sur le marché secondaire comme ce fut le cas ces dernières années, les émissions de dette devraient rester soutenues. Le mois de juin a d’ailleurs été le plus élevé de l’histoire, avec notamment deux méga fusions-acquisitions justement, qui ont vu Bayer et Walmart placer respectivement 15 et 16 milliards de dollars de nouvelles obligations.

Sont notamment attendues, les émissions du conglomérat industriel américain United Technologies, qui s’est porté acquéreur de Rockwell Collins, et d’Express Scripts, qui se voit racheter par Cigna.