Goldwasser Exchange

+32 (0)2 533 22 40
Du lundi au vendredi de 8h30 à 18h

Accès client

Les ratings de Metro menacés par l’OPA de Daniel Kretinsky

Le géant allemand de la distribution Metro, objet d’une offre publique d’achat (OPA) non sollicitée de la part d’un de ses actionnaires, pourrait voir son endettement augmenter, ses ratios financiers se dégrader et son rating s’enfoncer dans la catégorie spéculative, si le rachat aboutit, selon des observateurs. Explications.

Metro, présent dans le commerce de détail, les magasins destinés aux professionnels de l’Horeca et les grandes surfaces de l’électronique, suscite la convoitise du milliardaire tchèque Daniel Kretinsky depuis plusieurs semaines. EP Global Commerce, un groupe de sociétés d’investissement contrôlé par Kretinsky et l’investisseur slovaque Patrik Tkac, ont fait part en juin de leur volonté de lancer une offre sur Metro à hauteur de 16 euros par action ordinaire (quasi le cours actuel à la Bourse de Francfort), valorisant la société cible 5,8 milliards d’euros. Cette OPA a alors été jugée par la direction de Metro très inférieure à la valeur réelle de l’entreprise, laissant supposer un rejet de l’offre qui devait alors encore être officialisée. C’est désormais chose faite depuis le dépôt des documents réglementaires le 10 juillet. Les actionnaires ont jusqu’au 7 août pour apporter leur titre et le seuil minimum d’acceptation est de 67,5% des actions ordinaires.

Précisons que selon Challenges EP Global Commerce a le soutien du plus gros actionnaire individuel de Metro, le financier allemand Franz Haniel (15,2%) pressé de se délester de ses titres après un investissement malheureux dans le distributeur allemand. Environ 47% des actions Metro sont cotées en bourse.

Opération de LBO ?

Dans les documents officiels déposés pour l’offre, Moody’s relève qu’EP Global Commerce a obtenu un prêt de BNP Paribas Fortis SA, Credit Suisse International et Société Générale pour un total 4,9 milliards d’euros et une facilité de crédit renouvelable d’un milliard. Ces fonds serviront à financer l’OPA.

Il est probable qu’à l’issue de l’offre, l’acheteur refinance cette dette en la faisant supporter par Metro, à travers une opération de « leveraged buyout », estime Louise Parker, analyste de Bloomberg Intelligence.

Une opération de LBO est un montage financier qui permet à l’acheteur (EP Global Commerce) de réaliser son acquisition en apportant un montant limité du prix d’achat, le solde étant financé en ayant recours à l’endettement de la société cible (Metro dans ce cas-ci). Les bénéfices et les cash-flows de cette dernière servent alors à rembourser la dette obligataire et bancaire qu’elle a contractée. Etant donné que la société rachetée devient fortement endettée, les émissions issues d’opérations de type LBO sont bien rémunérées, pour compenser le risque pris par l’investisseur.

La dégradation des ratios d’endettement de Metro conduirait à un abaissement des ratings de plusieurs crans, à B contre Ba1/BBB- (Moody’s/S&P) actuellement estime Louise Parker. Tant Moody’s que S&P ont placé les notes de Metro sous surveillance négative dans le cadre de l’offre d’EP Global Commerce, ajoute-t-elle.

Moody's estime que la dette de Metro pourrait augmenter « substantiellement » si l’offre de Daniel Kretinsky et consorts aboutit. L’agence a placé la notation Ba1 de Metro AG sous surveillance en vue d’une (possible) dégradation « de deux crans ou plus ». La décision finale dépendra du résultat de l’OPA, des modifications éventuelles dans la structure de capital ou encore de la capacité de la compagnie à stabiliser ses revenus en regard des difficultés rencontrées en Russie, précise Moody’s.

D’ici là, il faut sans doute s’attendre à une certaine volatilité du prix des obligations Metro AG sur le marché secondaire, comme l’illustre les variations de cours assez brutale de l’obligation remboursable en 2025 assortie d’un coupon de 1,5% depuis la mi-juin (et le rejet par Metro de l’offre de rachat). Elle affiche un rendement à l’échéance de 1,86% sur base d’un prix de 98,07% du nominal.

La coupure est fixée à 1.000 euros pour cette émission notée « BBB- » chez Standard & Poor’s, le dernier cran de la catégorie des placements jugés de bonne qualité.

Sources

Les communiqués de Metro et d’EP Global Commerce

OPA : bras de fer entre le grossiste Metro et le milliardaire Kretinsky (Challenges.fr)