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Une Italie au point mort

On disait de l’Italie qu’il était « l’homme malade » de l’Europe. Mais cette crise de grande ampleur risque de lui donner un coup fatal et d’entraîner d’autres pays européens dans sa chute. Etat des lieux d’une situation qui évolue de jour en jour. 

Ce n’est vraiment pas de chance pour l’Italie. Un mauvais karma.  De tous les pays européens, c’était celui qui était le plus exposé à une crise majeure. Le domino qui ne devait tomber à aucun prix. Et voilà qu’il est le plus durement touché par la pandémie.  

Dimanche, on dénombrait près de 60.000 malades et plus de 5.000 morts. La plupart des spécialistes estiment qu’il faudra encore attendre quelques semaines avant de voir le pic de l’épidémie. Dans la nuit de samedi à dimanche, Giuseppe Conte a déclaré d’un ton grave qu’il s’agissait de la pire crise que traversait l’Italie depuis la deuxième guerre mondiale. Il a ordonné un arrêt complet de l’activité économique, à l’exception des industries vitales.

Pour expliquer le sort qui frappe sa population, il y a une part de hasard mais aussi une raison structurelle, liée aux caractéristiques propres de la péninsule italienne. 

Le hasard, c’est peut-être ce touriste chinois qui est tombé malade alors qu’il visitait Parme avec un groupe de compatriotes juste avant que le gouvernement italien n’interdise les vols en provenance de Chine. Ce qui dans une zone Schengen aux frontières grandes ouvertes revenait à donner un coup d’épée dans l’eau. D’autres sources prétendent que le virus était déjà présent en Italie vers la mi-janvier. 

Plus intéressantes sont les causes spécifiques qui expliquent la progression foudroyante du virus. D’abord, la population est la plus âgée d’Europe : 23% des Italiens ont plus de 65 ans.  Un autre élément tient à la nature du système de santé italien. Le faible nombre de généralistes a incité les malades à se précipiter dans les hôpitaux ou erreur fatale, ils ont été mêlés aux autres malades ou renvoyés chez eux, sans subir un test de dépistage. Les services hospitaliers ont été rapidement submergés et le personnel médical, si précieux dans ces circonstances, a lui même été durement touché.

Une économie en chute libre 

La catastrophe sanitaire se double, bien sûr, d’un désastre économique. La plupart des secteurs sont à l’arrêt. On songe bien sûr, au tourisme qui représentait 13,3 % du PIB italien en 2019 (soit 237,8 milliards d’euros). Les provinces du Nord qui souffrent le plus de l’épidémie – Lombardie, Emilie-Romagne et Vénétie – sont généralement les plus fréquentées. Mais bien d’autres sphères d’activité sont durement touchés: le textile, la mode, l’industrie du luxe, les travaux publics etc. Rien que dans l’hôtellerie et la restauration, un secteur qui emploie 1,7 millions de travailleurs, on estime que le chiffre d’affaires va chuter de 75%.

Cette crise tombe au plus mal car les fondamentaux de l’Italie sont médiocres. Le pays a déjà subi 3 récessions (au minimum deux trimestres négatifs) depuis 2009. En 20 ans, son PIB n’a grimpé que de 5%. Son taux de chômage et sa dette publique sont également plus élevés que ceux de ses voisins européens.

Le risque d’une crise systémique 

On le sait, les banques italiennes sont particulièrement exposées. Elles détiennent 7,2% de créances douteuses (contre une moyenne de 2,9% en Europe) et ce chiffre va augmenter car les faillites vont se multiplier en cascade. Avec le risque que d’autres institutions bancaires en Europe soient entraînées dans la chute. Il est certain que pour éviter la faillite, les banques italiennes vont devoir être soutenues par des apports de capitaux. Mais d’où cette manne viendra-t-elle ? 

Certes, la BCE a décidé d’élargir son programme d’assouplissement quantitatif permettant aux banques d’emprunter à des taux préférentiels, ce qui leur apportera un ballon d’oxygène. Mais d’un autre côté, les taux d’intérêts dans la zone euro sont déjà proches de zéro voire même négatifs et l’assouplissement quantitatif a un effet limité car il obéit à la loi des rendements décroissants. 

Le gouvernement italien a décidé de débourser 25 milliards pour soutenir de son économie et envisage la nationalisation d’Alitalia. Il a paré au plus pressé en adoptant les mesures d’urgence que l’on voit se développer un peu partout : facilités fiscales, délais supplémentaires de paiement et de remboursement pour les entreprises et les ménages.  C’est à la fois beaucoup et dérisoire par rapport aux besoins du pays.  

Une initiative européenne pour amortir le choc 

Car la solution passera inévitablement par une initiative à l’échelle européenne. En premier lieu, le sacro-saint critère de stabilité va voler en éclats. Face à l’urgence, les pays européens vont se libérer du carcan imposé par la Commission européenne et qui a contraint tant de gouvernements à imposer des cures d’austérité à leur population. Le déficit public de certains pays va sans doute frôler les 10%.  

Pour financer ce qu’il faut bien appeler un gouffre, certains gouvernements européens, y compris l’Allemagne, seraient ouverts à l’idée d’émettre des « corona bonds », des euro-obligations limités à la relance de l’activité économique affectée par le coronavirus. Une autre initiative consisterait à créer un « fonds de garantie européen », ce qui lèverait un grand tabou défendu bec et ongles par l’Allemagne : celui d’une mutualisation des dettes. 

Ces initiatives qui vont coûter très cher relèvent pourtant du bon sens. Car aussi dramatique que soit la situation de l’Italie, elle le serait encore plus si sa mauvaise santé financière se propageait aux autres pays européens, eux aussi, durement touchés par la pandémie. Ces munitions seront-elles suffisantes pour sauver tout le monde ? L’avenir le dira. Et l’avenir au temps du corona, évolue de jour en jour.