Goldwasser Exchange

+32 (0)2 533 22 40
Du lundi au vendredi de 9h à 17h30

Accès client

Nette décote pour l'obligation Ford Motor Company 4,346% 2026 en dollar

L’obligation du deuxième constructeur automobile américain Ford Motor Company se traite à des prix bien inférieurs au pair sur le marché secondaire. Mercredi, elle s’échangeait à 77% du nominal, soit un rendement avoisinant les 9%. Fin février, l’emprunt cotait encore bien au-dessus du pair.

Entre ces deux bornes temporelles, la pandémie mondiale de coronavirus et le risque qu’elle fait peser sur l’économie a eu un impact sensible sur les marchés et particulièrement sur les valeurs sensibles à la croissance, comme le secteur automobile. Un contexte qui a incité Ford à arrêter la production dans plusieurs de ses usines, à puiser 15,4 milliards de dollars dans deux lignes de crédit, à annuler ses prévisions financières pour 2020 et à suspendre le dividende pour préserver ses liquidités. En parallèle, le deuxième constructeur américain a aussi annoncé un report de trois mois des paiements pour les acheteurs de voitures neuves (éligibles à cette offre) aux États-Unis, plus trois autres payés par Ford...

Ratings dégradés

Ces annonces ont décidé Standard & Poor's à abaisser le rating du constructeur Ford à "BB+", lequel bascule par la même occasion dans la catégorie "spéculative" ou "junk bonds" c’est-à-dire les obligations dont le rating est inférieur ou égal à "BB+" chez S&P et chez Fitch et à "Ba1" chez Moody’s.

Quelques heures avant Moody’s avait elle aussi dégradé Ford d’un cran, à Ba2, enfonçant un peu plus bas le groupe automobile dans la catégorie spéculative, dans laquelle il l’avait déjà plongé en septembre.

Fitch Ratings a suivi le mouvement, dégradant Ford Motor Company à "BBB-", le dernier cran de la catégorie "Investment grade".

Avec deux ratings dans la catégorie spéculative (BB+ chez S&P et Ba2 chez Moody’s), Ford est désormais un "fallen angel" ("ange déchu"), du nom de ces sociétés notées à la limite de la catégorie "Investment grade" et qui basculent dans la catégorie "High Yield" (spéculative).

Le recul de l’obligation Ford Motor Company 4,346% 2026 durant les premiers jours de mars, supérieur à celui d’autres constructeurs automobiles, indique que certains investisseurs avaient anticipé la décision de S&P et de Moody’s. Ils avaient dès lors pris les devants, forcés aussi par les règles qui les obligent à ne détenir des titres bien notés, c’est-à-dire appartenant à la catégorie "Investment grade" et non pas spéculative.

Aston Martin, Renault, Peugeot…

Ford n’est pas le seul constructeur à être sous pression, loin de là. Plus petit et spécialisé dans l’automobile de luxe, Aston Martin Lagonda, en grandes difficultés financières, a appelé à la rescousse Lawrence Stroll il y a quelques jours. Le milliardaire canadien qui avait déjà promis 500 millions d'euros à Aston Martin il y a quelques mois contre 20% du capital va injecter 90 millions supplémentaires, ce qui portera sa part au capital de la firme anglaise à 25%. Sur le secondaire, l'emprunt qu’Aston Martin Capital Holding doit rembourser en avril 2022 affiche un rendement de 28,4% en dollar sur base d’un cours indicatif de 69% du nominal (rating spéculatif "B" chez Standard & Poor’s).

Avec une dette notée "BBB-" chez Standard & Poor’s, Renault fait lui  aussi partie de ces émetteurs qui flirtent avec la catégorie spéculative. Les obligations du constructeur (Alpine, Dacia, Lada) ont vu leur rendement fortement progresser ces derniers jours. Par exemple, le rendement annuel jusqu’à l’échéance de l’obligation Renault SA 28/11/2025 au coupon de 1% cote aux alentours de 82% du nominal, soit un rendement de 4,68% par coupures de 1.000 euros.

Le Covid-19 pourrait aussi rebattre les cartes dans le dossier du projet d’alliance entre les groupes PSA (Peugeot, Citroën, DS Automobiles…) et Fiat-Chrysler (FCA). Ils devaient unir leurs forces dans les prochains mois mais le contexte actuel pourrait desserrer les liens, spécule la presse automobile. La chute des marchés boursiers bouscule en effet les conditions financières de l’opération.

Peugeot garde en tout cas la confiance de ses créanciers, si l’on se réfère aux prix observés sur le marché obligataire secondaire. Pour ne citer qu’elle, l’obligation Peugeot SA à échéance 23 mars 2024 au coupon de 2% en euro cote certes sous le pair mais elle est bien moins décotée que les obligations Ford. Il y a moyen de l’acheter (avec très peu d’intérêts courus à débourser), à 95,94% du nominal correspondant à un rendement de 3,10% pour un rating "BBB-" chez Standard & Poor’s, dans la catégorie "Investment grade".