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Europe: chacun pour soi ou tous ensemble ?

L’Europe a déjà affronté de grosses tempêtes. Mais rien ne l’avait préparée à affronter un ennemi invisible qui menace de couler ses économies. A-t-elle les moyens de s’en sortir ? Face à l’adversité, éclatera-t-elle pour de bon ou trouvera-t-elle l’occasion de se refonder ? 

Nécessité fait loi. Face à la pandémie, les pays européens ont d’abord réagi en ordre dispersé.

En effet, le virus ne s’est pas abattu d’un coup et avec la même intensité sur tous les membres de l’UE.

La première à avoir été frappée fut l’Italie, où l’épidémie a donné lieu à une véritable catastrophe sanitaire. La pandémie s’est propagée ensuite vers l’Espagne (deuxième pays le plus touché), la France, la Belgique, l’Allemagne. 

Si l’Europe s’est vue décerner le titre peu reluisant “d’épicentre de la pandémie” par l’OMS, la situation varie cependant de pays à pays. L’Europe de l’Est semble moins touchée tandis que l’Allemagne compte moins de décès grâce à une politique de dépistage systématique inspirée de la Corée du Sud. 

Chaque pays, à tour de rôle, a pris des mesures pour protéger sa population et soutenir son économie.

Il l’a fait en fonction de l’évolution de l’épidémie sur son sol, des moyens financiers dont il dispose et selon que le pouvoir en place est plus dirigiste ou plus libéral. 

Un a un, les pays de l’UE ont décrété l’état d’urgence sanitaire et les plus affectés d’entre eux ont opté pour un confinement strict.

Le lockdown, en vigueur dans toute l’Italie dès le 10 mars, a été adopté ensuite par l’Espagne (15 mars), la France (16 mars), la Belgique (18 mars), le Royaume-Uni (23 mars).  

D’autres, comme les Pays-Bas, ont opté pour un semi-confinement en permettant aux commerces de rester ouverts; l’Allemagne a adopté des mesures moins restrictives tandis que la Suède s’est bornée à recommander les gestes de distanciation sociale.

Depuis le 20 mars, chaque pays européen a fermé ses frontières nationales, hormis pour le transit des marchandises. 

Des économies en chute libre 

Le coût du lockdown sera très lourd et le risque de faillites en cascade et de licenciements massifs est hélas, bien réel. Confrontés à l’arrêt brutal de leurs économies, les pays européens ont réagi en votant une salve de mesures de soutien: fonds de secours pour les grandes entreprises, subventions aux petites entreprises et indépendants, exonérations ou reports de charges et impôts, indemnisation des salariés en chômage partiel.   

Première touchée, l’Italie a annoncé rapidement un plan d’aide de 25 milliards d’euros.

L’Etat se portera garant des prêts aux entreprises et s’engage à verser 80% du salaire d’un travailleur contraint au chômage technique. Ces aides ont beau représenter 2,8% du PIB italien, elles font cependant pâle figure à côté des mesures “bazooka” qui viennent d’être votées par le Parlement allemand pour soutenir son économie.  

C’est en effet 1100 milliards que l’Allemagne est prête à mettre sur la table, en renonçant du même coup à son orthodoxie budgétaire. En plus des 400 milliards de garanties pour couvrir les dettes des entreprises, 100 milliards pour les prêts et les prises de participations éventuelles dans les fleurons de l’industrie allemande, 100 milliards pour soutenir la banque d’investissement publique KfW, elle va s’endetter à hauteur de 156 milliards en recourant à l’emprunt. 

Les autres grands pays européens ont également sorti la grosse artillerie. Rien que pour garantir les prêts de leurs entreprises, la France avancera 300 milliards d’euros, l’Espagne 100 milliards et le Royaume-Uni 330 milliards de livres sterling.

Jamais les pays européens n’ont dû autant puiser dans les caisses. Quitte à faire exploser la dette. 

L’Union européenne se bouge aussi 

Devant l’ampleur des défis à venir, la Commission européenne a également brisé l’un de ses principaux tabous. Alors que dans le passé, elle avait contraint la Grèce ou l’Italie à se soumettre à une impitoyable cure d’austérité, elle a accepté de laisser filer les déficits publics des membres de l’UE. Ceux-ci vont largement dépasser le plafond des 3%. On parle de 10% pour certains pays.  

Pour financer ces mesures d’urgence dignes d’une économie de guerre, les pays européens peuvent compter sur plusieurs leviers: les mesures de la BCE, le mécanisme européen de stabilité (MES) et l’émission d’obligations “coronavirus” garanties par le MES et qui consisterait à mutualiser les dettes des pays européens. 

La BCE, qui a retenu la leçon de la crise financière et de la crise des dettes souveraines, n’a pas attendu que les ministres des finances de l’Eurogroupe prennent une initiative commune.

Elle a réagi promptement en s’engageant à injecter plus d’un trillion d’euros dans le système via le rachat d’obligations d’Etat et d’entreprises. Cette intervention, qui pourra même être augmentée si nécessaire, se prolongera aussi longtemps que perdurera la pandémie.

On n’est pas loin de l’assouplissement quantitatif “illimité” prôné par la Fed.  

L’annonce de cette opération a fait aussitot baisser les taux d’intérêt des pays vulnérables comme l’italie ou la Grèce, et qui commençaient à grimper dangereusement. Pour libérer des liquidités supplémentaires, la BCE a également desseré le seuil de fonds propres auquel doivent s’astreindre les institutions bancaires, ce qui leur permettra de prêter davantage. Mais en retour, elle a exigé des banques qu’elles s’abstiennent de verser des dividendes aux actionnaires ou de procéder à des rachats d’actifs. L’argent libéré est destiné à relancer l’économie, un point c’est tout. 

Un pot commun pour absorber les dettes? 

De son côté, l’Eurogroupe est prêt à mobiliser une partie ou la totalité des 700 milliards d’euros du MES afin de prêter des fonds aux pays en difficulté. C’était l’option préférée par l’Allemagne pour venir au secours de l’Italie, dont l’effort budgétaire sera insuffisant pour sortir le pays du marasme. Mais c’était aussi avant que d’autres pays, comme l’Espagne, soient frappés de plein fouet par l’épidémie. Maintenant que la plupart des pays de la zone euro sont touchés, une solution consisterait à aider tout le monde en proportion de ses difficultés via une mutualisation des dettes. C’est l’idée de “coronabonds”, ces obligations émises collectivement, adossées à la garantie du MES. 

L’Allemagne y semblait favorable avant de faire marche arrière. A l’heure où la situation exigerait que l’Europe se serre les coudes, on voit réapparaître les éternelles tensions entre bons et mauvais élèves de l’Eurozone… D’une part les vertueux gestionnaires du quatuor de la Ligue hanséatique (Allemagne, Pays-Bas, Autriche, Finlande); de l’autre les “paniers percés” du Sud de l’Europe (Italie, Grèce, Espagne, Portugal, France).  

Dans cette confrontation, les Pays-Bas de Mark Rutte et du ministre des finances Wopke Hoekstra se sont fait remarquer par leur position intransigeante. Deux partis de la coalition au pouvoir s’étant désolidarisés, ils ont depuis radouci leurs propos. Les bons élèves se disent prêts à mettre sur pied un plan Marshall afin d’aider les pays en difficulté mais ils restent peu diserts sur les moyens à mettre en oeuvre. Qui des forces d’union ou de désunion va triompher? C’est l’éternel problème d’une Europe qui ne cesse de se chercher.