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Vent de folie sur l’action Tesla. Pourquoi ?

Le titre Tesla a littéralement explosé en 2020. Même s’il a subi quelques prises de bénéfices depuis l’annonce des résultats du Q2, il n’en reste pas moins que sa valeur a triplé depuis le début de l’année et sextuplé depuis un an. Et ceci malgré la pandémie. Les raisons qui expliquent cette hausse vertigineuse sont nombreuses. Le fait qu’il s’agisse d’une bulle spéculative n’étant pas la moindre. 

Vendredi dernier, le titre Tesla clôturait à 1.402 dollars après avoir touché un maximum à 1.795 dollars dans la journée du 13 juillet. Soit plus du triple de sa valeur du 1er janvier (430 dollars) alors que sur la même période, le S&P 500 affichait un recul de 0,5% et le MSCI World Index cédait 3%. L’heureux investisseur qui a eu la bonne idée d’acheter quelques actions Tesla lors de sa mise sur le marché il y a exactement dix ans, a vu sa mise de départ multipliée par 70.  

Une progression stratosphérique qu’illustre encore mieux le niveau de capitalisation atteint par l’entreprise Tesla, et qui s’élève désormais à 263 milliards de dollars, soit plus que la capitalisation combinée de Toyota, Volkswagen et Hyundai. Un chiffre d’autant plus étonnant que Tesla n’a vendu que 367.500 véhicules en 2019 alors Volkswagen et Toyota ont livré chacune près de 11 millions de véhicules durant la même période.  

Cette situation fait dire à certains analystes que Tesla ne roule pas dans la même catégorie que les autres : elle est moins perçue comme un constructeur automobile que comme un futur géant technologique, semblable à Apple, auquel il faut désormais la comparer. Ce serait un “Category killer”, une firme disruptrice, qui bouleverse complètement les règles du jeu et à côté de laquelle d’autres entreprises, trop dépendantes de leur fonds de commerce traditionnel – ici, le moteur thermique - font déjà figure de dinosaures. 

Des analystes partagés 

Nous n’en sommes pas encore là car les ventes de véhicules électriques ne représentent que 2,5% du marché automobile mondial et les concurrents de Tesla n’ont pas dit leur dernier mot. Mais il est vrai que le bond spectaculaire de Tesla affole la boussole des analystes financiers, qui, face à ce phénomène, ont du mal à trouver leurs repères.  

Une enquête menée par le magazine financier Barron’s auprès de dix analystes respectés révèle une grande disparité de projections pour 2020. Elles vont de 300 dollars à 2.322, dollars soit un écart trois fois supérieur à celui d’un titre traditionnel. Pour s’y retrouver, Barron’s a calculé l’estimation moyenne du titre Tesla sur base des projections de 36 analystes sectoriels. Elle s’établirait à un peu moins de 900 dollars soit 35% de moins que la cote de clôture de vendredi dernier. 

Le fait que l’on ne sache pas si un titre va doubler ou perdre la moitié de sa valeur en l’espace d’un mois prouve tout au moins une chose : Tesla n’est pas une entreprise comme une autre. Elle sort du lot pour avoir été la pionnière incontestable dans le créneau de la voiture électrique, profitant massivement de la prime accordée au premier entrant. Elle possède non seulement une avance technologique que certains chiffrent à deux ans mais en outre, elle est parvenue à imposer son nom de marque comme synonyme de voiture électrique, comme Gillette le fut à l’époque pour les lames de rasoir.  

La notoriété de Tesla repose aussi sur la personnalité atypique de son patron, Elon Musk, sorte de rock star auquel une armée de fans voue un culte qui rappelle celui dédié à Steve Jobs. C’est aussi un génie de la communication qui n’a pas hésité à propulser une Tesla dans l’espace à bord du lanceur Falcon appartenant à une autre de ses sociétés, Space X. Un coup double spectaculaire ! Arrogant, survolté, frondeur, visionnaire, Elon Musk est assurément le héros de notre temps, un homme qui fait reculer les limites et que rien n’arrête. Autant dire que Tesla fait rêver et suscite une énorme attente du public, ce qui explique la volatilité du titre. 

Quatre trimestres consécutifs dans le vert 

Mais le hype n’explique pas tout ! Il existe aussi d’autres raisons, plus terre-à-terre, qui rendent compte de la hausse de l’action. Début juillet, on apprenait que Tesla avait livré 90.650 nouveaux véhicules lors du deuxième trimestre alors que les analystes tablaient sur 72.000 nouvelles immatriculations. Un objectif atteint malgré la pandémie et grâce à au succès de la Model 3, la voiture la moins chère de la gamme. Les analystes les plus prudents faisaient toutefois remarquer que le marché chinois représentait un tiers des ventes de Tesla et que les voitures avaient bénéficié de remises substantielles et d’aides de l’Etat. Peu importe, ces ventes permettaient d’anticiper de bons résultats et en effet, la semaine dernière, Tesla annonçait un bénéfice de 104 millions de dollars pour un chiffre d’affaires de 6,04 milliards. 

Ce résultat peut paraître modeste au regard des créances contractées par la firme d’Elon Musk (14 milliards) et de son passif (26 milliards) mais c’est le quatrième trimestre consécutif que Tesla affiche des bénéfices et cette performance permet au titre de postuler une place dans l’indice S&P. Si cette inclusion est confirmée, le titre sera automatiquement repris dans la liste d’achat des grands investisseurs institutionnels. Les investisseurs ont donc tout bonnement anticipé la nouvelle.  

Autour du titre, la spéculation fait rage 

D’autres facteurs, de nature plus spéculative, ont contribué à la hausse car le titre a été le siège d’un “short squeeze”. Un grand nombre d’investisseurs avaient misé sur une baisse de l’action, via le marché d’options ou la vente à découvert. Tesla peut, en effet, se targuer d’avoir le plus grand volume de capitaux misant sur sa chute : une bagatelle de 20 milliards !  La hausse a obligé les “shorts” à liquider brutalement leurs positions, ce qui a eu pour effet d’accélérer la hausse.  

Parmi ces spéculateurs qui jouent le titre Tesla, on note la présence d’un grand nombre de jeunes qui veulent se faire de “l’argent facile”. Ils opèrent via Robinhood, un nouveau site de courtage en ligne qui ne prélève pas de commissions au passage. Selon Forbes, trois millions de comptes ont été ouverts sur Robinhood durant le premier trimestre et cette tendance s’est poursuivie lors du confinement. Un article du New York Times relatait que la plupart de ces jeunes finissaient par se brûler les ailes.  

Les points forts de Tesla 

On ne peut pas manquer d’être fasciné par l’ambition - démesurée dirons certains – de Tesla, allant de pair avec l’optimisme inoxydable de son patron. En pleine pandémie, la firme d’Elon Musk a ainsi annoncé la construction d’une quatrième usine géante (gigafactory) au Texas, après celles de Buffalo, Shanghai et Berlin. Elle hébergera notamment la fabrication du Cybertruck, le pick-up futuriste de la firme. Des rumeurs font régulièrement état du lancement de nouveaux modèles. Récemment, Elon Musk a annoncé que le Model 3, proposé en Belgique et en France à partir de 48.800 euros, était encore trop onéreux à son goût, ce qui laisse supposer qu’une voiture moins chère serait dans les cartons.  

Musk compte aussi beaucoup sur le marché chinois pour assurer le développement de Tesla mais les relations de plus en plus tendues entre les deux super-puissances et le nationalisme grandissant des Chinois pourraient nuire à la firme. Dans ce cas, Tesla pourrait se tourner davantage vers l’Europe. Un rapport récent de McKinsey estimait d’ailleurs que le marché européen était potentiellement le plus favorable à la voiture électrique. Cela suppose que Tesla sache s’adapter à l’environnement réglementaire des pays européens, ce qui n’est pas toujours évident. Le constructeur, qui continue de vanter sa fonction “Autopilot” permettant à la voiture de déboîter après instruction ou de s’arrêter automatiquement à un feu rouge, s’est fait rappeler à l’ordre par la justice allemande, qui considère qu’il s’agit d’une promesse fallacieuse, arguant, par ailleurs, que la conduite sans pilote est illégale en Allemagne. 

Le leader du secteur mais pour combien de temps ?  

Tesla se distingue d’un constructeur traditionnel en ceci qu’il ne fabrique pas seulement des voitures mais propose un écosystème complet où le véhicule trouve sa place. Des batteries faites maison au réseau de super chargeurs, Tesla contrôle l’ensemble de la chaîne de valeur. Et même si la firme doit redouter l’arrivée de concurrents sérieux, comme la nouvelle ID.3 de Volkswagen (VW espère en vendre 60.000 d’ici la fin de l’année), Tesla conserve une sérieuse avance si l’on considère le nombre de véhicules vendus, la variété des modèles, l’autonomie des voitures, le réseau des chargeurs et la notoriété de la marque. C’est le leader que tenteront de contester dans les années à venir les VW, Daimler, BMW, ainsi que les constructeurs japonais et chinois. 

Tesla a fait, bien sûr, le pari de la transition écologique. C’est son ADN. A terme, le moteur à essence finira par céder sa place au moteur électrique. En Europe, en Chine et aux Etats-Unis. Et ironiquement, le libertarien Elon Musk, qui a horreur des réglementations et de la bureaucratie, a plus à gagner en misant sur une victoire de Joe Biden, qui promet d’investir 2 trillions de dollars dans les énergies propres et les véhicules électriques. 

Alors, le cours de Tesla est-il le résultat d’une bulle spéculative ? Sans aucun doute si l’on considère qu’en date du 13 juillet, il valait 6.348 fois ses bénéfices projetés pour 2020, 166 fois les bénéfices 2021, 20 fois sa valeur nette comptable et sept fois son chiffre d’affaires (Bloomberg). Il faudrait être fou (ou visionnaire) pour l’acheter à ce prix. Mais on a aussi envie que l’aventure Tesla réussisse et pour la peine, on achèterait bien une action (à 1400 dollars tout de même). Dès fois que...