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Europe : la saison de tous les dangers

Mauvais karma ! L’Europe commençait tout juste à relever la tête qu’une deuxième vague de Covid-19 menace de tout mettre à terre. Plusieurs pays sont fortement touchés, dont l’Espagne et la France. Un reconfinement serait catastrophique et doit être évité à tout prix. Entretemps, il n’y a toujours pas d’accord sur le Brexit. Un « No deal » mettrait des milliers d’Européens sur la paille. Quant à un éventuel deuxième mandat de Donald Trump, ce serait également une mauvaise nouvelle dont l’Europe peut largement se passer.

Un vent d’optimisme relatif avait soufflé tout l’été. L’Europe se déconfinait progressivement. Le secteur touristique restait en berne mais les terrasses se remplissaient et les plages étaient bondées. De nombreuses industries connaissaient une reprise de leur activité et rattrapaient leur retard. Certains chiffres macro-économiques se révélaient meilleurs ou moins dramatiques que prévu, comme l’atteste le rapport intermédiaire de l’OCDE sur les perspectives économiques.

Certes, cette reprise était loin d’être uniforme. On pouvait constater d’énormes disparités selon les secteurs et les pays. Le secteur manufacturier reprenait des couleurs. Karl Gunther Deutsch, directeur de recherche de la Fédération des industries allemandes, confirmait une amélioration de l’activité, en dépit du marasme persistant du secteur automobile (ventes en recul de 18% en Europe). En France, deux entreprises sur trois n’avaient même pas jugé utile de recourir aux guichets d’urgence du gouvernement afin d’obtenir des crédits passerelles et 76% des chefs d’entreprise affichaient un certain optimisme pour réembaucher et investir. En revanche, le secteur des services, - en particulier le tourisme, l’hôtellerie, le commerce de détail, la restauration et les loisirs, - pâtissait de la désaffection des consommateurs. La confiance revenait mais au compte-gouttes.  

Un deuxième choc pour les économies ?

Hélas, l’été ne fut qu’une trêve. En septembre, le temps se gâta sous l’effet conjugué de deux vents contraires. A la deuxième vague du Covid tant redoutée s’ajoutait celle des licenciements massifs dans certaines grandes entreprises. L’exemple le plus frappant étant la mise en congé de 9.500 travailleurs des usines de camions MAN à Nuremberg (Bavière), un véritable coup de semonce pour une industrie automobile allemande qui fournit du travail - directement et indirectement - à 2 millions de personnes. C’était également un mauvais signe pour l’Europe, dont la santé économique dépend de la locomotive allemande.

De fait, c’est à l’échelle européenne tout entière que l’activité marque le pas. Christine Lagarde, président de la Banque centrale européenne, déclarait fin septembre que la reprise en Europe était incertaine, incomplète et inégale et l’indice Markit des directeurs d’achat du mois de septembre reculait de 51,9 à 50,1, bien en dessous des attentes des économistes. Depuis, la situation s’est encore dégradée.

Si elle se confirmait de manière durable, la résurgence de l’épidémie arriverait au plus mauvais moment. Certes, le secteur industriel s’est préparé à une nouvelle disruption, en mettant en place des procédures pour assurer la continuité de la production et maîtriser la chaîne logistique des approvisionnements. En revanche, le secteur des services serait durement touché par une deuxième vague Covid et son cortège de restrictions de toute nature sur les déplacements, le travail et la consommation.

Au demeurant, il n’est même pas sûr que l’Europe ait suffisamment de ressources pour faire face à une deuxième vague. Au printemps dernier, les gouvernements avaient dépensé des milliards pour soutenir leurs économies, renflouer les compagnies aériennes, aider les PME et les indépendants, indemniser les chômeurs partiels. C’est d’ailleurs grâce à ce ballon d’oxygène artificiel que le niveau de l’emploi en Europe a pu se maintenir. La question est désormais de savoir si les pays européens disposent de suffisamment de munitions pour tenir une deuxième fois leurs économies à bout de bras. Rien n’est moins certain. La plupart des programmes d’indemnisation du chômage partiel ont expiré en septembre et un grand nombre de travailleurs, notamment les moins qualifiés, risquent de se retrouver sans revenus.

L’Espagne, nouvel homme malade de l’Europe

Avant même l’arrivée de la deuxième vague, les observateurs avaient noté une reprise à deux vitesses des économies européennes. En septembre, Christine Lagarde avait mis en garde contre le creusement d’une divergence entre pays du Nord et du Sud. Mais en y regardant de plus près, on constate également des différences entre les pays du Sud. Et contrairement aux attentes, l’Italie s’en sort beaucoup mieux que l’Espagne. C’est désormais le sort de cette dernière qui inquiète les investisseurs.

Alors qu’en Italie, la production industrielle du mois d’août affichait une hausse de 7,7% par rapport à juillet, grâce à un rebond de ses industries, notamment les automobiles et secteur de la mode, la situation en Espagne était beaucoup plus problématique. En septembre, la banque centrale d’Espagne rendait publiques ses projections en présentant deux scénarios possibles en fonction de l’évolution de la pandémie. Dans le cadre d’un scénario relativement optimiste, où l’activité économique n’est pas freinée par les mesures anti-Covid, la croissance reculait de 10,5% en 2020 et restait négative jusqu’en 2022. D’après le scénario pessimiste, la croissance était en baisse de 12,5% en 2020 et encore de 6% en 2022, par rapport aux niveaux de 2019. Les deux hypothèses tablent sur le fait que les restrictions seront levées à la mi-2021 grâce à l’arrivée d’un vaccin.

Si l’Espagne est mal en point, elle doit cette situation à de nombreux facteurs. En effet, ce pays, durement éprouvé par le Covid, a été soumis à un lockdown sévère. La situation politique du pays est instable avec une Catalogne agitée par des soubresauts séparatistes. Le gouvernement de gauche de Pedro Sanchez vient de décréter l’état d’urgence dans la région de Madrid afin de contenir une deuxième vague du coronavirus mais cette décision est déjà contestée dans la rue par le parti d’extrême droite Vox.  Et le budget n’est toujours pas voté, l’opposition de centre-droit exigeant que les dépenses de l’Etat soit contrôlées par un organisme neutre afin d’éviter toute tentation de clientélisme.

L’Espagne souffre également de problèmes structurels. Elle connaît un chômage très important, notamment chez les jeunes (40%) et son économie dépend fortement du secteur touristique, extrêmement vulnérable en cas de pandémie. L’agence de notation S&P Global Ratings estime que les perspectives de l’économie espagnole sont mauvaises et chacun s’attend à une rétrogradation de sa note. On observe d’ailleurs une tension sur les taux espagnols et un resserrement du spread avec les taux italiens. L’indice boursier IBEX 35 a perdu environ 30% depuis le début de l’année, soit deux fois plus que le STOXX 600, ce qui fait dire à certains analystes que les actions espagnoles sont bon marché. 

Brexit : toujours pas d’accord en vue

Comme si les soucis n’étaient pas assez nombreux, il y a encore la lancinante question du Brexit, qui n’est toujours pas résolue. Le gouvernement de Boris Johnson va-t-il claquer définitivement la porte ? C’est la question que chacun se pose alors que les échéances approchent dangereusement. Boris Johnson avait fixé la date butoir au 15 octobre et l’UE au 31 octobre. La rumeur courait qu’en cas de déblocage partiel des négociations, Boris Johnson serait prêt à poursuivre les discussions jusqu’à la fin du mois d’octobre. C’est court quand on pense aux deux gros écueils qui restent à franchir : la question de la pêche dans les eaux britanniques qui déplait surtout à la France (Londres veut imposer des quotas) et la question des règles du jeu équitables qui empêcherait Londres de subsidier disproportionnellement les industries britanniques.

Faut-il le dire, un « no-deal Brexit » serait un séisme de plus dans une Europe qui n’en a vraiment pas besoin. Selon le Halle Institute for Economic Research, 700.000 emplois seraient menacés sur le continent et l’Allemagne serait la principale victime avec une perte de 170.000 emplois. Suite au relèvement des tarifs douaniers, les exportations de biens et services de l’UE vers le Royaume-Uni chuteraient de 41%, ce qui effacerait 0,25% du PIB des 27 pays de l’UE. Le secteur agro-alimentaire verrait ses exportations baisser de 63%. L’industrie automobile serait la plus durement touchée, ce qui aurait des répercussions en Allemagne, bien sûr, mais aussi en Espagne, en Tchéquie, en Slovaquie et en Belgique. Pour le Royaume-Uni, la situation serait encore pire. Une étude évalue à 5,7% du PIB l’impact d’un no-deal Brexit.

Un deuxième mandat Trump : quatre années de souffrances

Donald Trump ne s’en est jamais caché. Il reproche aux pays européens de tirer profit de l’Amérique, en contribuant insuffisamment aux dépenses de l’Otan et en bannissant les produits américains qui ne répondent pas aux normes de l’UE. S’il est réélu, Trump aura les coudées franches pour relever les tarifs douaniers sur les produits européens et tenter de rééquilibre la balance commerciale américaine, largement déficitaire. Les automobiles allemandes et le vin français risquent d’en faire les frais. Si tout ceci s’ajoute à une deuxième vague du Covid et à un no-deal Brexit, l’Europe aura du mal à s’en relever.

A l’inverse, une victoire de Joe Biden le 3 novembre aurait pour conséquence de rapprocher à nouveau Européens et Américains. Elle permettrait aux uns et aux autres de trouver de nombreux points de convergence, de la question du réchauffement climatique aux relations avec la Chine, en passant par la lutte contre la pandémie. Sans se transformer nécessairement en lune de miel, des relations plus détendues et plus amicales entre les Etats-Unis et l’Europe ne seraient vraiment pas de refus par les temps qui courent.