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Trump vs Biden : premières leçons d’un scrutin

On ne connaît toujours pas le nom du prochain président américain. L’issue du scrutin dépend de quelques Etats charnières : Géorgie, Nevada, Arizona et Pennsylvanie. On peut d’ores et déjà tirer quelques enseignements d’une triple élection, qui a réservé de nombreuses surprises. Mais la principale leçon à tirer est que Donald Trump est prêt à tout pour éviter de reconnaître une éventuelle défaite. Une grave crise politique et constitutionnelle est désormais ouverte.

Il n’y a pas eu de vague bleue

Les instituts de sondages et les commentateurs politiques prévoyaient un succès important des démocrates, suite à la gestion désastreuse de la pandémie par l’équipe Trump. Une pandémie qui continue de faire des ravages à la cadence de mille morts par jour et dont les retombées économiques sont calamiteuses. On prétendait aussi que le peuple américain était fatigué du « cirque Trump » et voulait passer à un autre style de présidence, plus apaisé.  Mais la victoire démocrate ne s’est pas matérialisée. Le raz-de-marée bleu n’a pas eu lieu. Même s’il est vaincu, Trump aura fait preuve d’une grande résilience. Les démocrates espéraient également conquérir la majorité au Sénat. A moins d’un miracle, ils ne l’obtiendront pas, ce qui handicapera considérablement le programme d’une éventuelle administration Biden. Et même à la Chambre des représentants, les démocrates, qui rêvaient d’étoffer leur majorité, ne feront au mieux que du surplace. 

Donald Trump a mieux résisté que prévu

On le voyait menacé en Floride, au Texas ou en Ohio. Il a gagné haut la main.  On le voyait largement distancé dans la Rust Belt. Il n’est battu que par quelques dizaines de milliers de voix. Au total, entre 69 et 70 millions d’Américains auront voté pour lui, ce qui le rapproche du score d’Obama de 2008. Selon les premières analyses, il a non seulement gagné du terrain auprès des ouvriers blancs mais aurait également réussi à convaincre un pourcentage d’Afro-Américains et d’hispaniques, malgré ses tirades sur les « bad hombres » et les « violeurs » sud-américains. En dépit des boulets qu’il traîne, notamment sur le front de la pandémie, un grand nombre d’Américains restent attachés à sa personnalité, à son franc-parler, au fait qu’il ne se présente pas comme un homme politique mais comme un franc-tireur. Le vote pour Trump s’explique sans doute aussi par une amélioration de la situation financière de certains Américains grâce à la baisse des impôts et la hausse de la bourse. D’autres ont été séduits par l’enthousiasme communicatif qui se dégageait de ses meetings, diffusés quotidiennement sur la chaîne Fox et d’autres médias conservateurs.

Les instituts de sondage se sont à nouveau trompés

Ils avaient donné un écart de 7% à 10% en faveur de Biden pour le vote populaire. Il sera finalement de l’ordre de 2,5%. Les sondeurs prévoyaient des écarts en faveur de Biden de l’ordre de 5,5% à 8% dans les Etats de la Sun Belt (Michigan, Wisconsin, Pennsylvanie). Or, la victoire de Biden se jouera finalement à quelques dizaines de milliers de voix près. Nate Silver, l’analyste star de FiveThirtyEight, avait prévu une victoire relativement aisée de Biden. Elle va se jouer à la marge. Il prévoyait 348 grands électeurs pour Biden : celui-ci pourra s’estimer satisfait s’il atteint les 270 sièges nécessaires. En Floride, l’avance de Biden était estimée à 1,5%. A l’arrivée, Trump gagne avec près de 400.000 voix d’avance et Biden fait moins bien que Hillary Clinton. Pour l’institut Real Clear Politics, Trump avait 1% d’avance en Ohio. Il a gagné cet Etat avec 8% d’avance. On pourrait continuer à citer des exemples à loisir. Ce naufrage à répétition des sondeurs est dommageable pour la démocratie c’est l’un des rares baromètres permettant aux Américains de savoir ce que pensent leurs concitoyens.

En dehors de Trump, point de salut pour le parti républicain 

Les sénateurs républicains, qui avaient lié leur sort à celui du président et n’ont cessé de le soutenir, ont fait le bon choix. Le sénateur de Caroline du Sud Lindsey Graham, un proche de Donald Trump qu’on voyait mal parti, a largement battu le démocrate Jamie Harrison, un adversaire qui avait pourtant réussi à amasser un véritable trésor de guerre (près de 100 millions de dollars). D’autres sénateurs adoubés en personne par Trump ont résisté victorieusement aux assauts démocrates (Joni Ernst en Iowa, Steve Daines au Montana, John Cornyn au Texas). A l’exception d’une poignée d’esprits indépendants comme Mitt Romney, le parti républicain est devenu le parti de Trump, qui a imprimé sur lui sa marque au fer rouge. Ayant été amené à renoncer à un grand nombre de principes et de valeurs qui faisaient sa particularité, le « Grand Old Party » ne pourra plus revenir en arrière. Même dans l’éventualité d’une défaite de Trump, le Sénat restera proche des idées du président, d’autant plus que celui-ci continuera à dicter sa politique.

Les Etats-Unis sont profondément divisés

On le constate dans les chiffres, les deux camps font quasiment jeu égal. Mais la fracture est bien plus profonde. La tension est palpable dans les rues, devant les centres de dépouillement, sur les réseaux sociaux. Les Américains ont acheté 17 millions d’armes à feu en 2020 et la présence de vigiles armés dans les rues est devenu un spectacle banal. La situation est d’autant plus explosive qu’elle a été alimentée depuis quatre ans par un président qui via twitter ou ailleurs, n’a cessé de jeter de l’huile sur le feu en dénonçant successivement ses adversaires politiques, les médias, les minorités, le FBI, les services de renseignement, les militaires et même les membres de son administration. Comme l’écrit The Guardian dans un éditorial : « C’est une tragédie pour l’Amérique qu’une division aussi toxique soit devenue la norme plutôt que l’exception ».  Si, comme il en a manifesté l’intention, Donald Trump conteste les résultats électoraux et porte l’affaire jusque devant la Cour suprême, le pays risque de traverser une crise constitutionnelle grave. Tout ceci alors que sévissent une pandémie et une crise économique touchant les plus faibles. On ignore comment réagira la rue. C’est vraiment la recette du chaos.

Les marchés saluent la victoire probable de Joe Biden

Depuis le 3 novembre, les bourses sont très en forme. Le S&P 500 a gagné 6% et le Nasdaq, 8%. Il est probable que les investisseurs misent sur une présidence Biden, beaucoup plus prévisible et moins disruptrice qu’un deuxième mandat Trump, mais contrebalancée par un Sénat républicain qui empêcherait Biden de mettre en œuvre certaines mesures jugées trop à gauche. Selon le site d’information Axios, le chef de la majorité au Sénat Mitch McConnell aurait fait comprendre à l’équipe de Biden, qu’il serait moins conciliant si une Elisabeth Warren occupait un poste de secrétaire d’Etat.

Donald Trump ne lâchera pas

Après s’être auto-proclamé vainqueur au soir même du 3 novembre, alors que les résultats étaient loin de lui être acquis, Trump, voyant remonter les chiffres en faveur de Biden, a décrété que les élections étaient truquées. Ayant déposé une quarantaine de plaintes pour « fraude » électorale, il porte désormais ses soupçons sur les votes par correspondance, un mode de scrutin majoritairement choisi par les démocrates par crainte du coronavirus. A ses yeux, si Joe Biden remporte les élections, cela ne peut être que la conséquence de malversations. De son côté, Biden exige que l’on compte les votes pour départager les candidats et nommer le vainqueur, comme cela s’est toujours fait. Il y a donc fort à parier que Donald Trump ne concèdera pas la défaite à son adversaire, une première dans l’histoire américaine. Toute cette affaire remontera probablement jusqu’à la Cour suprême et pour la masse de ses partisans, Joe Biden sera considéré comme un président illégitime. Bernie Sanders et d’autres avaient prédit que Trump tenterait un putsch en s’attaquant aux votes par correspondance. C’était écrit en toutes lettres. Si la situation débouche, comme on le redoute, sur une grave crise constitutionnelle, s’ajoutant aux autres maux dont souffrent les Américains, les Etats-Unis doivent d’attendre à une période de très grande incertitude. Et le monde avec eux.