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Le Bitcoin, jouet spéculatif ou valeur refuge ?

Le Bitcoin a atteint 42.000 dollars, le 8 janvier. Certains le voient grimper encore plus haut. « Plus dure sera la chute » préviennent les autres. Les banques centrales le voient d’un mauvais œil. Les grandes banques n’en veulent pas. Les e-commerces l’acceptent au compte-gouttes. Alors, pourquoi cet engouement pour les crypto-monnaies ? Le Bitcoin est-il autre chose qu’un objet de spéculation ? Peut-il devenir un jour un moyen de paiement universel ou une valeur refuge digne de remplacer l’or ?

Avec Tesla, le Bitcoin aura été l’une des grandes vedettes de l’année 2020. Relativement stable les dix premiers mois de l’année, la crypto-devise a entamé une hausse vertigineuse à partir d’octobre, qui lui a fait gagner près de 400% en trois mois. Le 18 janvier, sa capitalisation totale atteignait 685 milliards de dollars. Plus que celle d’une banque comme JP Morgan ou que le PIB de la Belgique. Tout ceci pour une monnaie digitale, ou si l’on préfère, un fichier informatique encrypté, qui certes, peut s’échanger contre du cash sur certaines plateformes spécialisées mais qui est loin d’être acceptée universellement comme moyen de paiement.

La demande récente pour des bitcoins est telle que les plateformes de trading comme l’israélo-britannique eToro n’arrivent plus à suivre. Les onze premiers jours de janvier, eToro aurait ouvert 380.000 nouveaux comptes. Il s’agit en général de particuliers, souvent jeunes, qui profitent de ce marché ouvert 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 pour jouer au casino avec quelques milliers de dollars ou d’euros. Certains hedge funds et family offices auraient également acheté des bitcoins pour diversifier leurs portefeuilles mais excepté la création d’un fonds Fidelity en crypto-devises, les institutionnels se tiennent à l’écart de ce marché, beaucoup trop volatil et imprévisible à leurs yeux.

Pourquoi cette hausse ?

De nombreux facteurs expliquent ce boom. D’abord le marché du Bitcoin est relativement étroit, même si dans un bon jour, le volume des échanges peut atteindre 50 milliards de dollars.  Ces derniers mois, la demande a largement excédé l’offre. La raison tient au fait que la quantité totale de bitcoins a été plafonnée au départ à 21 millions d’unités par son génial créateur Satoshi Nakamoto, dont le pseudo fait penser à un personnage de manga. A l’heure actuelle, 18,832 millions de bitcoins ont été minés. Il resterait donc un peu plus de 2 millions d’unités à extraire via un protocole informatique complexe et extrêmement énergivore. En d’autres termes, la hausse est dopée par la rareté.

Ajoutons à cela que 92% des bitcoins sont détenus, sans doute à long terme, par de gros investisseurs. On les appelle les « baleines » et leur nombre tournerait autour du millier. La plupart sont inconnus car les comptes Bitcoin sont anonymes, mais quelques-uns sont devenus célèbres. La saga des frères jumeaux Winklevoss, devenus milliardaires en quelques années à peine, a fait le tour du monde. Suite au procès qu’ils avaient intenté à Mark Zuckerberg et qui s’était soldé par un dédommagement de 65 millions, ils ont eu le flair d’investir 11 millions de dollars dans des bitcoins, ce qui leur a permis de multiplier par 400 leur mise de départ.

Outre les baleines, dont certaines se connaissent entre elles et sont susceptibles de peser sur les cours, le marché des crypto-monnaies a été favorisé par un autre phénomène : l’arrivée massive de petits investisseurs (retail investors) sur des plateformes crypto mais aussi sur des plateformes de trading comme Robinhood ou Revolut. Ces nouveaux spéculateurs, souvent jeunes et baignant dans la culture start-up, se caractérisent par leur disposition à prendre de gros risques pour arrondir leurs fins de mois ou s’offrir un deuxième pécule. Depuis le confinement, le nombre de comptes ouverts sur ces plateformes a explosé et les observateurs pensent que leur activité expliquerait la hausse importante de certains titres comme Tesla ou Nio. Et donc aussi dans la foulée, celle des crypto-devises.

Last but not least, la hausse du Bitcoin est alimentée par un « hype » assourdissant, un storytelling qui s’auto-renforce à mesure que la hausse s’accélère, comme par un effet boule de neige. On ne parle plus que du Bitcoin. Les crypto-monnaies font la une des journaux financiers. Bloomberg lui consacre une rubrique permanente. A un niveau élémentaire, les investisseurs sont attirés par la promesse de gains faciles. Un analyste de JP Morgan voit le Bitcoin grimper à 146.000 dollars. L’un des deux frères Winklevoss parle de 500.000 dollars. A les entendre, rien ne semble impossible.

A un niveau plus sophistiqué, certains tentent de justifier la hausse avec des arguments rationnels. Le Bitcoin offrirait une protection contre les fluctuations du dollar et les risques d’inflation. Et il est vrai qu’en 2020, la hausse de la crypto-devise a coïncidé avec l’intervention massive des banques centrales et l’endettement inégalé des Etats. En dépit de sa volatilité, le Bitcoin serait-il donc la dernière planche de salut d’une sphère financière de plus en plus fragilisée ?

Le Bitcoin, nouvelle valeur refuge ?

C’est en tout cas ce que laissent entendre les partisans du Bitcoin, qui voient la crypto-devise se substituer un jour à l’or en tant que valeur refuge. A leurs yeux, l’or souffre de nombreux handicaps : il est difficile à transporter et cher à entreposer. Il peut être confisqué et n’est pas divisible en cas d’urgence. A l’heure actuelle, les stocks d’or s’élèvent à 198.000 tonnes. En y ajoutant 57.000 tonnes d’or détectées dans le sous-sol, les réserves d’or représenteraient 17 trillions de dollars au prix actuel. Pour détrôner l’or en tant que valeur refuge, le Bitcoin devrait donc multiplier son prix actuel par 25, une marge qui fait rêver certains.

La valorisation n’est pas tout. Selon les partisans de la crypto-devise, les avantages du Bitcoin par rapport à l’or sont nombreux : il est immatériel, divisible, contenu dans un portefeuille digital, aussi facilement transférable qu’un mail et accessible de partout via une clé chiffrée. Les possesseurs de bitcoins ne sont pas indentifiables. Les comptes sont anonymes mais les transactions sont transparentes et vérifiables. Le Bitcoin ne dépend d’aucune autorité publique ou gouvernementale. Il permet de s’affranchir de la tutelle des banques centrales et de leur monopole sur les devises. La crypto-devise serait plus sûre, n’étant pas garantie par une autorité centrale mais par un réseau décentralisé qui authentifie les transactions et les archive dans un grand livre de comptes infalsifiable, la blockchain.

Le principe est élégant mais on peut toutefois être sceptique quant au résultat. Après tout, le Bitcoin n’est jamais qu’une monnaie digitale, immatérielle, un simple fichier informatique. Sa valeur ne repose sur rien alors que la valeur conférée à une devise dépend de nombreux éléments tangibles : la garantie de l’Etat, l’assurance d’être acceptée comme moyen de paiement, l’adhésion générale de la population. Une monnaie est certes une convention mais c’est une convention qui fait consensus.

A l’inverse, la crypto-devise n’est pas reconnue par les banques centrales, ne s’échange pas aux guichets des banques et est dédaignée par l’immense majorité des commerces. Seule exception : les plateformes Paypal et Square qui l’acceptent comme moyen de paiement et les plateformes de trading spécialisées qui l’échangent contre des devises. A ce stade, c’est juste un peu plus qu’un billet de Monopoly. C’est Tesla sans les voitures.

Un retour de bâton probable

On comprend du même coup que les crypto-monnaies ne sont pas du goût des banques centrales. Celles-ci ne sont pas forcément opposées aux monnaies digitales, pour autant que leur périmètre soit circonscrit et limité. Ce n’est pas le cas du Bitcoin, dont l’ambition est de devenir une devise de référence. Les banques centrales, qui détiennent le monopole de la création de monnaie, craignent qu’en cas d’adoption progressive du Bitcoin, une partie de la masse monétaire, c’est-à-dire de la richesse, passe sous le radar et que cela finisse par donner naissance à une économie fantôme. Les banques centrales perdraient leur pouvoir de régulation qui consiste notamment à contrôler la monnaie en circulation en pesant sur les taux d’intérêt. Elles perdraient leur raison d’être.

Autant dire que l’on doit s’attendre à une mise au pas de la part des Etats et des banques centrales. Christine Lagarde, la patronne de la BCE, a récemment accusé que le Bitcoin de favoriser le blanchiment d’argent et elle a appelé à une réglementation globale du marché des crypto-devises, de préférence dans le cadre du G7 ou du G20.

De son côté, Janet Yellen la nouvelle secrétaire au Trésor de l’administration Biden, avait déclaré à l’époque où elle présidait la Fed, qu’elle n’était « pas une fan » des crypto-monnaies, même si elle reconnaissait les mérites d’une technologie comme la blockchain. A l’heure où les Etats cherchent à réguler les géants de l’Internet qui fonctionnent de plus en plus comme des entités hors-sols, un marché spéculatif et parallèle comme celui du Bitcoin peut également s’attendre à être contesté et à subir des vents contraires.

Cela ne signifie pas pour autant que le cours du Bitcoin ne va pas continuer à monter, pour les raisons expliquées plus haut. Mais il est possible que son ascension soit limitée.