Goldwasser Exchange

+32 (0)2 533 22 40
Du lundi au vendredi de 9h à 17h30

Accès client

La lire turque à nouveau malmenée par l'interventionnisme monétaire du chef de l'Etat

Au plus bas, la lire turque connait un nouvel accès de volatilité, malmenée par l’interventionnisme du président Recep Tayyip Erdogan dans la politique monétaire du pays, lequel fait fuir les capitaux étrangers.

Dans la foulée d’un entretien avec le gouverneur de la Banque centrale, le chef de l’Etat a déclaré mardi dernier "qu’il était impératif d'abaisser les taux", ceci en vue de soutenir la relance économique, au détriment de la maîtrise d’une inflation qui dépasse les 17%.

Une déclaration qui fit tomber la monnaie turque à un nouveau plus bas historique face au couple euro/dollar, les investisseurs s’inquiétant plus que jamais des interventions répétées de Recep Tayyip Erdogan en la matière. 

En roue libre, le président turc a pour mémoire licencié plusieurs hauts dirigeants monétaires depuis le début d’année. 

Dernier en date : Naci Ağbal, gouverneur de la Banque centrale, limogé en mars car tombé en disgrâce pour avoir combattu l'inflation en remontant à plusieurs reprises les taux (ce dont ne veut pas entendre parler le Président).

La nomination de son successeur, Sahap Kavcioglu, quatrième dirigeant de l’institution en deux ans, avait inquiété les marchés, mais il s'est pour l'instant gardé d'abaisser les taux.

Globalement, les analystes craignent que les décideurs monétaires ne puissent résister aux pressions politiques pour réduire les coûts d'emprunt au détriment de la maîtrise d’une inflation galopante.

Le PIB jugule la baisse de la lire

Alors qu’elle tutoyait ses plus bas face aux devises fortes, la lire pouvait toutefois compter sur des chiffres économiques encourageants, et singulièrement ceux de la croissance du produit intérieur brut (PIB) ressortis supérieurs aux attentes au premier trimestre. 

Selon les données publiées par TurkStat, la croissance est ainsi ressortie à 7% sur un an, là où les prévisions consensuelles tablaient en moyenne sur 6,3%.

Un rendement annuel de 19%

L’interventionnisme du président en faveur d’une politique monétaire accommodante provoque également de la volatilité sur le marché secondaire.

A titre d’exemple, l’obligation remboursable dans moins de deux ans par la Banque internationale pour le développement et la reconstruction affiche désormais un rendement annuel jusqu’à maturité de 19%, sur base d’un cours de 91,40% du nominal.

Cette émission bénéficie d’un rating « Aaa » chez Moody’s, la note suprême sur l’échelle de notation de l’agence. Le risque lié à ce placement est donc porté quasi-exclusivement sur l'évolution de la TRY, la qualité de crédit de l'émetteur étant la plus solide possible.

Gardons à l'esprit que ce type de rendement peut être considéré par certains comme offrant un "coussin" suffisant en cas de dépréciation de la devise. À chacun bien sûr de faire sa propre opinion sur le sujet.