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Inflation, énergie, croissance : la fin des illusions. Le résumé de la semaine.

Goldwasser Exchange fait le point sur ce qu’il faut savoir pour commencer la semaine.

Les bourses en fort repli.

Les marchés ont chuté lourdement cette semaine. Les coupables sont connus. Jeudi, la BCE annonçait qu’elle mettait fin à son programme d’achat d’actifs et qu’elle relèverait en juillet son taux directeur d’un quart de point. Mais surtout, elle laisse la porte ouverte à une hausse des taux plus importante en septembre en cas de détérioration de la situation. Or, les chiffres de l’inflation publiés vendredi aux Etats-Unis laissent penser que ce phénomène ne disparaîtra pas de sitôt. En progressant de 1% en mai et de 8,6% sur l’année, l’inflation dépasse les prévisions des experts, qui tablaient sur 0,7% et 8,3%. Ces statistiques indiquent que le pic espéré est loin d’être atteint. La bourse américaine a aussitôt plongé en clôturant en baisse de 2,91% pour le S&P 500 et de 3,52% pour le Nasdaq. Sur la semaine, les deux indices reculent respectivement de 5,05% et de 5,60%. Les bourses européennes ne sont pas en reste. Le Stoxx 600 plonge de 3,95% sur la semaine (DAX : -4,83%, CAC 40 : -4,60%, FTSE 100 : -2,86%). Les valeurs bancaires reculent de 8 à 10%, plombées par la crainte d’une récession. Le taux des Bons du Trésor à 10 ans a bondi à 3,16% et celui des Bons à 2 ans atteint 3,065%. Le Bund allemand à 10 ans s’établit désormais à 1,52%.

Inflation : le franc tombe enfin.

8,6% aux Etats-Unis, 8,1% dans la zone euro. Les responsables, qui ont longtemps minimisé l’inflation en qualifiant de transitoire, sont obligés de convenir qu’elle s’incruste à des niveaux historiquement élevés et qu’elle frappe directement le budget des ménages. Les chiffres publiés vendredi aux Etats-Unis indiquent une hausse des prix quasi généralisée. Les produits alimentaires sont 12% plus chers qu’il y a un an, les transports sont en hausse de 8% et les prix liés à l’habitation ont grimpé de 5,5%. La perte du pouvoir d’achat s’élève désormais à 3,4%. Certes, une bonne part de la hausse est due à l’explosion des prix de l’énergie. Aux Etats-Unis, le gallon d’essence frôle les 5 dollars. C’est 50% plus cher qu’il y a un an. Pour l’Américain moyen, le prix à la pompe est inacceptable, surtout en cette veille de départ en vacances. A moins d’une surprise, les démocrates paieront l’addition lors des élections mi-mandat de novembre car les républicains se feront un plaisir de rappeler que l’administration Biden a découragé l’exploitation de nouveaux gisements de pétrole. Si l’inflation persiste, il est probable que la Fed relèvera les taux d’un demi-point lors des trois prochaines réunions de la banque centrale et il n’est pas impossible que l’on clôture l’année sur un taux de base de 3%.

Zone euro : Qui va sano, va piano.

La zone euro est confrontée aux mêmes problèmes : inflation galopante, croissance en berne. Mais à la différence de la Fed, la marge de manœuvre de la BCE est réduite car elle doit tenir compte de la santé financière de 18 pays, dont certains comme la Grèce, l’Italie, le Portugal, la France et la Belgique sont plus lourdement endettés que d’autres. Un relèvement trop brutal des taux risquerait d’aggraver considérablement la charge de la dette des mauvais élèves et de provoquer une nouvelle crise de l’euro. Ce que tout le monde veut éviter. Cette semaine, l’écart entre les taux allemands et italiens à 10 ans atteignait 2,23%, un plus haut depuis deux ans. BlackRock, le plus important gestionnaire d’actifs au monde, estime que la hausse des taux d’intérêt dans l’eurozone sera limitée en raison du poids des dettes publiques et de la fragilité des économies européennes, très dépendantes des importations d’énergies fossiles. En tout état de cause, les scénarios d’avenir ne sont pas très réjouissants. On aurait soit une inflation reculant lentement assortie d’une croissance faible, soit une véritable stagflation, soit une récession, le remède de cheval pour faire baisser l’inflation. Pour l’heure, les consommateurs, à peine sortis de deux ans de Covid, veulent encore en profiter, comme l’atteste le boom du secteur touristique mais à la longue, la hausse des prix risque de les décourager. On en voit déjà des prémisses avec la chute de 20% des ventes de voitures en Europe au mois d’avril et le succès grandissant des enseignes hard-discount comme Aldi, Lidl ou Action.

Des ressources de plus en plus rares.

Que peuvent les banques centrales pour calmer la hausse des prix? En rendant le crédit plus cher, elles peuvent agir sur la demande en dissuadant certains achats et indirectement sur l’offre, en décourageant les investissements. Cela dit, leur marge d’action est limitée, car l’inflation actuelle repose sur une tendance qui échappe à leur périmètre : celle d’un déséquilibre global entre l’offre et la demande. Pour résumer, la demande est forte mais l’offre ne suit pas en raison de difficultés logistiques, de limitation des ressources ou de pénuries bien réelles. En Belgique, le prix des huiles et des graisses a augmenté de 16,3% en mai (sur base annuelle) et celui du pain et des céréales, de 9,1%, en raison de l’arrêt des exportations d’Ukraine, l’un des greniers à céréales de la planète (analyse de l’Echo sur base des données de la COICOP). L’embargo qui pèse sur les matières premières russes (uranium, nickel, palladium, céréales, phosphate, acier, bois) et le fait que la production mondiale de cobalt, de lithium et de terres rares indispensables au secteur électronique a de plus en plus de mal à suivre la demande sont des facteurs d’inflation qui ne se résoudront pas d’un coup de baguette magique.

Le cas du pétrole.

La situation sur les marchés pétroliers est encore plus exemplaire. Pourquoi le prix du pétrole non seulement ne baisse pas mais risque même de grimper jusqu’à 140 dollars le baril (Goldman Sachs), voire à 175 dollars (Jamie Dimon, patron de JPMorgan). Réponse : parce qu’il n’y a pas assez de pétrole pour satisfaire la demande. L’embargo sur les importations de pétrole russe et le refus d’assurer les tankers transportant du pétrole russe va faire baisser la part russe dans la production globale de pétrole de 2 à 3 millions de barils/jour. Une part qui ne pourra être que partiellement comblée par l’Arabie saoudite – c’est la raison de la visite de Joe Biden à la fin du mois – les Emirats arabes et le Kuwait. Les autres grands pays producteurs sont soit soumis à des sanctions (Venezuela, Iran), soit dans l’incapacité d’augmenter leur volume. Sans compter que les Etats-Unis ont été contraints de puiser dans leurs réserves stratégiques et que leur secteur pétrolier est sous-investi en raison de la transition écologique. A la demande pressante des Etats-Unis, le cartel OPEP+ a bien accepté d’augmenter sa production de 648.000 barils/jour au lieu des 432.000 initialement prévus mais l’Arabie saoudite, qui produit 11 millions de barrils/jour n’est pas très chaude pour pomper un million de barrils/jour supplémentaires, juste pour freiner l’inflation, alors que la croissance mondiale est en passe de devenir anémique. Conclusion : à moins d’une forte récession, il faut s’attendre à ce que le pétrole reste cher et que l’inflation, qui en dépend en partie, reste élevée.

France : l’union des gauches reprend espoir.

Jean-Luc Mélenchon est devenu l’homme à abattre depuis qu’il a réussi un coup de maître en arrivant en tête à égalité avec le parti d'Emmanuel Macron au premier tour des élections législatives hier soir dans le cadre du mouvement Nupes qui regroupe plusieurs partis politiques. Il est probable qu’il s’agisse d’une alliance de façade, chacun de ces mouvements reprenant son indépendance dès qu’il aura réussi à former un groupe à l’Assemblée. Mélenchon profite aussi de la campagne plutôt terne des partisans d’Emmanuel Macron et de son mouvement Ensemble ainsi que de la quasi-absence de Marine Le Pen. Son discours socialement généreux (SMIC à 1500 euros nets/mois, départ à la retraite à 60 ans à taux plein après 40 années de cotisations, blocage des prix des produits de première nécessité, encadrement des loyers, sortie du nucléaire, recrutement de cent mille soignants) mais cher (il est évalué à 250 milliards par ses auteurs) nécessitera une levée de nouveaux impôts et un recours à l’emprunt. Apparemment, il séduit les Français fragilisés, notamment les jeunes. Il est donc possible que Macron n’obtienne pas la majorité au parlement, auquel cas, il devra trouver quelques supplétifs à gauche ou à droite.

UK-UE. Le torchon brûle à nouveau.

Boris Johnson vient à peine d’échapper à un camouflet au sein de son propre parti qu’il a décidé de se refaire une santé en proposant une loi qui abrogerait certaines dispositions du protocole irlandais. Bruxelles a déjà averti Londres que ce protocole constitue un pilier du Brexit, et que toute modification fondamentale de l’un remettrait en question l’autre. Cette semaine, messieurs les Anglais tireront les premiers en présentant leur projet de loi à la Chambre basse. Wait and see.

L’action de la semaine.

Parmi la maigre moisson de résultats, on attend ceux de Oracle, de Adobe et chez nous, les résultats annuels de Colruyt. Le titre Colruyt, qui a perdu 45% en un an, vaut 28,18 euros. Il y a six mois, le distributeur annonçait qu’il prévoyait une « baisse significative à forte » due à une concurrence de plus en plus sévère. Depuis, la guerre a éclaté en Ukraine, les prix flambent et le public se précipite chez les hard-discounters. Il est donc peu probable que la situation de Colruyt se soit améliorée dans l’intervalle. Il faut s’attendre à une baisse importante des bénéfices et des marges. Le consensus des analystes prévoit un bénéfice par action de 2,32 euros et un objectif de cours à 12 mois à 34 euros mais ils n’ont cessé de réviser leurs targets à la baisse. Côté positif, le rendement du dividende tourne autour de 4%.

Toute l'équipe de Goldwasser Exchange vous souhaite une bonne semaine.