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La BCE frappe fort, l’Europe se prépare à passer l’hiver. Le résumé de la semaine.

Goldwasser Exchange fait le point sur ce qu’il faut savoir pour commencer la semaine.

Les marchés se reprennent.

La semaine a été marquée par le relèvement de 0,75% du taux directeur dans la zone euro. Une hausse brutale mais rendue nécessaire par l’inflation qui avoisine désormais les 10%. Cette décision de la BCE était largement attendue et les bourses européennes, loin d’accuser le coup, sont restées bien orientées jeudi et vendredi. Les investisseurs ont également été rassurés par la baisse continue des cours du gaz et du pétrole. Le gaz naturel est retombé à 220 euros le MWh en bourse d’Amsterdam et vendredi, le Brent a cassé la barre des 90 dollars le baril avant de remonter en fin de journée. Le ralentissement de l’activité économique attendu dans les mois à venir explique le recul des prix de l’énergie. Certes, une récession n’est pas une bonne nouvelle pour les actions mais pour l’heure, tout ce qui peut faire chuter l’inflation est bon à prendre. Après avoir subi un accès de faiblesse face au dollar suite à l’annonce de la BCE, l’euro s’est repris pour repasser au dessus de la parité. Ce rebond technique est probablement dû à des opérations de couverture de la part des nombreux hedgers qui avaient misé contre la devise européenne. Face aux autres devises, le billet vert reste dominateur. Il bat des records par rapport à la livre sterling et au yen. Au total, une semaine positive mais le contexte reste globalement défavorable. Le Stoxx 600 a avancé de 1,06%, le S&P 500 de 3,65% et le Nasdaq de 4,14%.

La BCE relève son taux de 0,75%.

La décision de relever le taux directeur de 0,75% a été prise à l’unanimité, preuve que la BCE a fait de la lutte contre l’inflation son objectif ultra-prioritaire. Les banquiers centraux ont été encouragés par la croissance soutenue lors du deuxième trimestre, éloignant provisoirement le spectre d’une récession. Le taux actuel de 0,75% n’avait plus été atteint depuis 2011 et il n’en restera pas là. D’autres hausses sont à prévoir dans les mois à venir « car l'inflation continue d'être beaucoup trop élevée ». La BCE table sur une inflation de 8,1% en 2022, de 5,5% en 2023 et de 2,3% en 2024. En revanche, contrairement à la plupart des économistes, Christine Lagarde n’envisage pas une récession dans la zone euro. Plutôt une stagnation, avec une croissance de 0,9% en 2023 et de 1,9% en 2024. On s’attend donc à une nouvelle hausse de 50 points de base en octobre et une autre en décembre, ce qui propulserait le taux directeur en zone euro à 1,75%. Le 21 septembre, ce sera au tour de la Fed de relever son taux directeur, probablement de 75 points de base, ce qui porterait le taux US dans la fourchette 3%-3,25%. Les 4% en fin d’année sont en ligne de mire. L’ère de l’argent gratuit s’éloigne un peu plus chaque jour.

Liz Truss, entre disruption et protection.

Les oiseaux de mauvais augure ne manquent pas sur la route de Liz Truss. Son arrivée au pouvoir a coïncidé avec la disparition de la reine d’Angleterre qu’on croyait immortelle. Elle hérite aussi d’un pays qui traverse une crise grave. Alors qu’elle voulait remettre le Royaume-Uni sur de nouveaux rails, en baissant les impôts et en relançant l’investissement, la voilà qu’elle doit d’abord songer à panser les plaies de millions de ménages qui n’auront plus de quoi se chauffer cet hiver. Elle qui s’était jusqu’ici refusée de dépenser l’argent public en distribuant des « dons », la voilà forcée de virer de 180 degrés en annonçant un gel de la facture d’énergie des ménages britanniques. Sans ce plafonnement à 2.500 livres, la facture moyenne aurait pu atteindre 6.000 livres en janvier. On estime qu’il permettra d’amputer l’inflation de 5%.  Les entreprises bénéficieront également d’aides diverses pendant au moins six mois.

Au total, cet effort coûtera 150 milliards de livres, un montant supérieur à celui que déboursera l’Allemagne et qui peut encore évoluer en fonction du prix du gaz et de l’électricité. Il sera financé en recourant à l’emprunt, donc au contribuable, au grand dam des travaillistes qui exigeaient de taxer les super-profits des entreprises énergétiques. Londres accordera également une ligne de crédit de 40 milliards aux firmes énergétiques afin d’alléger les problèmes de liquidité auxquels elles sont confrontées.

Liz Truss ne renonce pas pour autant à son programme économique thatchérien, qualifié déjà de « Trussonomics ». Croyant à l’économie de l’offre et à la théorie du ruissellement, elle entend réduire les impôts, au risque de plomber le déficit alors que son adversaire Rishi Sunak préconisait de relever l’impôt des entreprises de 19% à 25%. Elle prévoit également d’accorder une centaine de licences d’exploitation en mer du Nord pour assurer l’indépendance énergétique du pays et de lever le moratoire sur le fracking et l’exploitation du gaz de schiste. On lui prête également l’intention de remettre en question le protocole irlandais, ce qui conduirait à un clash avec l’UE alors que l’unité du monde occidental est plus que jamais nécessaire pour faire front à la Russie. Les Etats-Unis ont déjà averti Londres qu’ils s’opposeraient à tout ce qui pourrait remettre en cause l’accord du Vendredi saint. Bref, on n’a pas fini d’entendre parler de Liz Truss.

Crise de l’énergie : l’Europe réagit en ordre dispersé.

Il n’est guère facile de s’y retrouver parmi la rafale de décisions et de propositions qui sont tombées cette semaine pour tenter d’amortir l’impact de la hausse des prix de l’énergie. Aux initiatives prises par les pays européens pour protéger leurs populations et leurs entreprises s’ajoute celles avancées par la Commission européenne mais qui sont loin de faire l’unanimité.  Résumons-les très succinctement.

Plafonnement du prix du gaz russe. L’idée est de refuser de payer le gaz russe au delà d’un certain montant. Moscou a déjà menacé de ne plus approvisionner l’Europe si ce « price-cap » était mis à exécution. Les pays de l’Union sont très partagés. Ceux qui dépendent du gaz russe (Hongrie, Autriche, Slovaquie) y sont opposés et considèrent que, s’agissant d’une sanction, cette décision doit être prise à l’unanimité. Une quinzaine de pays sont en faveur d’un plafonnement du prix sur les importations de gaz en général mais il n’est pas sûr que les producteurs de gaz voient cette initiative d’un bon œil.  Les Pays-Bas sont opposés à tout plafonnement, estimant que l’approvisionnement est la priorité des priorités, quel qu’en soit le coût.

Aides financières aux ménages et aux entreprises. La plupart des pays tentent d’amortir l’impact de la hausse des prix de l’énergie via une panoplie de mesures de soutien : plafonnement des factures, réduction de la TVA, aides directes, baisse des impôts, indexation des salaires (Belgique), période de moratoire sur les remboursements hypothécaires. Ces aides s’élèvent déjà à 350 milliards d’euros, l’Allemagne seule ayant dégagé 65 milliards pour soutenir sa population. Les aides à la source tel le plafonnement des factures sont en partie récupérées car elles permettent de réduire l’inflation.

Réduction de la consommation d’énergie. Certains pays comme l’Allemagne ont déjà pris les devants en limitant l’éclairage et le chauffage des bâtiments publics. La plupart des pays sont en faveur d’un rationnement mais sur une base volontaire. Ils ne veulent pas entendre parler d’une obligation légale.

Plafonnement des tarifs de certains producteurs d’électricité. Le prix de l’électricité étant aligné sur celui du gaz, les producteurs qui exploitent des sources d’énergie renouvelables à bas coût engrangent des profits importants par un simple effet d’aubaine. En attendant de réformer en profondeur le marché européen de l’énergie, un consensus se dégage dans l’UE pour plafonner les tarifs des ces entreprises privilégiées.

Garanties de liquidité pour les entreprises énergétiques.  C’est un sujet dont on parle peu mais les producteurs d’électricité qui se couvrent depuis des mois sur les marchés à terme afin de sécuriser le prix des livraisons physiques manquent de cash pour financer les appels de marge. Le « credit crunch » est évalué à 1,5 trillions d’euros soit 5% du PIB de l’UE.  Un expert a même parlé d’une « situation Lehman Brothers ». Plusieurs pays européens ont déjà réagi en avançant des lignes de crédit. La Suède a garanti 23 milliards aux producteurs nordiques et baltes, la Finlande 10 milliards et Liz Truss a promis 40 milliards de livres. La France a résolu le problème en nationalisant EDF.  

La guerre des puces.

La confrontation technologique entre les Etats-Unis et la Chine tourne de plus en plus autour de la ressource stratégique fondamentale: les semi-conducteurs. C’est le domaine où les US possèdent encore une certaine avance et tiennent à la conserver. Depuis la semaine dernière, Nvidia et AMD, deux des principaux fabricants américains de semi-conducteurs doivent demander une autorisation spéciale du gouvernement avant de pouvoir vendre aux entreprises chinoises certains processeurs susceptibles de servir à des applications militaires. La Chine a aussitôt accusé Washington de pratiquer un « blocus technologique ».

Cette semaine, rebelote. On apprenait que des parlementaires US avaient lancé un avertissement sévère à Apple. Motif de la grogne: la firme à la pomme utiliserait dans son nouvel iPhone 14 des mémoires flash fournies par le fabricant chinois YMTC. Apple s’est défendu de faire appel à YMTC mais il est possible qu’un de ses fournisseurs l’ait fait. Si c’était le cas, il s’agirait d’iPhones destinés au marché chinois. Toujours est-il que la nervosité est palpable. Etant donné qu’un grand nombre de technologies peuvent avoir des applications à la fois civiles et militaires, le découplage entre les deux puissances rivales ira en s’accélérant.

L’action de la semaine.

On attend les résultats d’Adobe Systems, d’Oracle et d’Inditex (Zara) mais la nouvelle marquante concerne l’introduction en bourse de Porsche prévue pour la fin de l’année. Le directoire de Volkswagen a donné son feu vert pour coter publiquement les actions de sa filiale. Début octobre, une partie du capital de Porsche deviendra flottant. Le capital de Porsche sera scindé en 50% d’actions préférentielles offrant un dividende plus élevé mais sans droit de vote et 50% d’actions ordinaires avec droit de vote. Les investisseurs institutionnels pourront souscrire jusqu’à 25% des actions préférentielles. VW a approuvé la vente de 25% des actions ordinaires plus une à la holding Porsche SE, propriété de la famille Porsche-Piëch, qui possède 31,40% du groupe Volkswagen. Celle-ci détiendra donc une minorité de blocage.

Malgré un contexte boursier défavorable, la mise sur le marché des actions de la marque prestigieuse et hautement rentable aiguise déjà les appétits. De grands investisseurs comme le fonds T. Rowe Price, le fonds d’investissement de l’émirat du Qatar (déjà détenteur de 10,50% de Volkswagen), les milliardaires Dietrich Mateschitz (Red Bull) et Bernard Arnault (LVMH) sont déjà sur les rangs. Cette IPO pourrait valoriser Porsche jusqu’à 85 milliards d’euros, soit autant que Volkswagen. Elle pourrait rapporter 10,6 milliards d’argent frais à Volkswagen, qui en a besoin pour développer sa transition vers les véhicules électriques. Le constructeur aurait cependant l’intention de reverser 49% du produit de l’IPO à ses actionnaires au titre de dividende extraordinaire.

Toute l'équipe de Goldwasser Exchange vous souhaite une bonne semaine.