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Les marchés coincés dans l’étau des taux. Le résumé de la semaine.

Goldwasser Exchange fait le point sur ce qu’il faut savoir pour commencer la semaine.

Les marchés sous la pression des taux.

Les bourses, qui avaient reculé toute la semaine suite au relèvement des taux américains, ont regagné du terrain vendredi après la publication des chiffres de l’emploi aux Etats-Unis. Le chômage a progressé de 3,5% à 3,7% et le salaire moyen annuel a fléchi, ce qui indiquerait un léger tassement de l’activité économique, condition indispensable pour faire reculer l’inflation. D’autres éléments justifient le relatif optimisme des investisseurs. Primo, de nombreuses entreprises continuent d’afficher de bonnes performances. Secundo, un vent favorable souffle de Chine, qui s’apprêterait à alléger sa politique de zéro Covid. La bourse de Hong Kong qui avait perdu près de 40% depuis le début de l’année, a rebondi de 8,73%. Tertio, les républicains s’annoncent comme les favoris des élections de mi-mandat aux Etats-Unis et l’on sait que ce parti est pro-business. Au total, le resserrement des taux américains a tout de même mis fin à plusieurs semaines de hausse. Le S&P 500 recule de 3,35%, le Nasdaq de 5,65% tandis que l’indice Stoxx 600 avance de 1,51% en raison des bons résultats des sociétés européennes (BNP, Société Générale, Telefonica, Stellantis). 

Hausse des taux US.

Comme prévu, la Fed a relevé son taux directeur de 0,75%, le portant désormais dans la fourchette 3,75%-4%. Jerome Powell a laissé entendre que la hausse des taux se poursuivrait mais que l’amplitude des hausses pourrait ralentir “dès la prochaine réunion ou lors de la suivante”. En revanche, il a prévenu que le niveau final des taux d’intérêt serait plus élevé que ne le pensait la Fed lors de sa dernière réunion et que la banque centrale s’inquiétait moins d’en faire trop que pas assez. Pour la Fed, un resserrement excessif du crédit peut toujours être corrigé tandis qu’un relâchement prématuré permettrait à l’inflation de s’inscruster dans la durée. Il faut donc s’attendre à des hausses moins élevées, de l’ordre de 50 et 25 points de base. Par contre, le taux final, qui pourrait atteindre 5% ou plus, sera maintenu le temps qu’il faudra pour faire reculer l’inflation. Ceux qui espéraient que les taux US repartiraient à la baisse dès mars ou avril 2023 doivent donc réviser leur copie. Il est probable que les taux resteront sur un plateau élevé tout au long de 2023. Même dans l’hypothèse où les Etats-Unis évitent un atterrissage brutal de leur économie, les entreprises gourmandes en capitaux seront impactées et des secteurs comme l’immobilier et la construction seront frappés de plein fouet. A l’heure actuelle, les taux hypothécaires dépassent déjà 7%.

La parti démocrate en mauvaise posture.

Plus les élections de mi-mandat se rapprochent, plus les républicains semblent gagner du terrain. Alors qu’il y a un mois à peine, les démocrates pouvaient encore espérer conserver le Sénat, les derniers sondages les donnent désormais perdants. Pour le compilateur de données FiveThirtyEight, ils n’auraient plus que 45% de chances de garder la majorité au Sénat. Il perdraient ainsi les deux chambres. Comme d’habitude, tout se jouera à quelques milliers de voix près dans une demi-douzaine d’Etats-clés. Les démocrates ont beau clamer qu’avec un Congrès républicain, la démocratie et les libertés individuelles seraient menacées et que les programmes sociaux subiraient des coupes sévères, rien n’y fait. La hausse du coût de la vie reste le thème auquel les Américains sont sensibles en ce moment. D’après l’institut Gallup, seulement 17% des Américains sont satisfaits de la direction que prend le pays. Le fait que le prix de l’essence ait grimpé de 60% depuis que Joe Biden est entré à la Maison-Blanche semble peser plus lourd dans la balance que l’annulation par l’Etat fédéral de la dette contractée par 16 millions de jeunes Américains pour payer leurs études.

Compte tenu de l’extrême polarisation qui déchire les Etats-Unis, l’arrivée d’une majorité républicaine sous une présidence démocrate inaugurerait une période de fortes turbulences et d’incertitude alors que le monde occidental a tant besoin d’une Amérique stable pour s’opposer aux desseins de la Russie et de la Chine. D’après FiveThirtyEight, 199 candidats républicains aux élections de mi-mandat nient la légitimité de l’élection de Biden en 2020. Avec une majorité républicaine tentant de détricoter les plans de Biden, notamment le “Inflation Reduction Act” et la Maison-Blanche opposant son veto aux projets de lois des républicains, ce serait la paralysie assurée pour les deux années à venir. Les républicains pourraient s’opposer à un relèvement du plafond de la dette si leurs demandes n’étaient pas acceptées par la Maison-Blanche, ce qui précipiterait les Etats-Unis vers un défaut de leur dette souveraine. Et ce chaudron pourrait devenir encore plus infernal si, comme on le pense, Donald Trump annonce sa candidature à la présidentielle ce 14 novembre et que le ministre de la justice Merrick Garland décide d’inculper Trump avant la fin de l’année.

Les vents contraires soufflent sur l’Angleterre.

Tout comme ses consœurs européennes et américaines, la Banque d’Angleterre a relevé son taux de base de 0,75%. Celui-ci atteint désormais 3%. Le gouverneur de la BoE Andrew Bailey a déclaré que les perspectives pour le Royaume-Uni s’annonçaient “très difficiles”. Il a présenté deux scénarios possibles pour le pays. Soit l’évolution des taux d’intérêt correspond aux prévisions des marchés, c’est-à-dire un pic à 5,25% en 2023. Dans ce cas, le pays doit s’attendre à 8 trimestres consécutifs de récession et un taux de chômage qui remonterait à 6,4%. L’inflation ne retomberait sous les 2% qu’en 2025 et le pays ne retrouverait son PIB actuel qu’en 2026. Deuxième scénario: les taux d’intérêt restent à leur niveau actuel de 3%. Dans ce cas, le taux de chômage n’atteindrait que 5,1%, l’inflation serait jugulée d’ici deux ans et la récession serait deux fois moins sévère. Un signe que le Royaume-Uni est coincé entre l’enclume de la rigueur et le marteau des taux. Si le budget britannique qui sera présenté le 17 novembre par Jeremy Hunt inclut des coupes drastiques dans les dépenses ainsi que des hausses d’impôts, l’économie sera durement touchée et la population en pâtira. Mais en retour, cela évitera à la Banque d’Angleterre de devoir augmenter les taux et donc de prolonger la souffrance des Britanniques encore plus longtemps. Plus le gouvernement agira pour combler le déficit, moins la BoE sera forcée d’intervenir.

Allemagne: d’une dépendance à l’autre. 

L’Allemagne est prise dans un sacré dilemme. C’est ce qu’a dû se dire Olaf Scholz en débarquant à Beijing pour y rencontrer Xi Jinping. Son pays a payé au prix fort sa dépendance énergétique à l’égard de la Russie et la rupture qui a suivi. Une étude parue en août évaluait à 260 milliards d’euros le manque-à-gagner de l’Allemagne suite à la guerre d’Ukraine. Or vers qui se tourner pour rebondir si ce n’est vers la Chine, son plus grand partenaire commercial hors UE? Les deux pays sont liés par un mariage d’intérêt, un “win-win” comme l’affirmait Angela Merkel qui s’est rendue en Chine 12 fois en 16 ans. En 2021, les échanges ont atteint 245 milliards, dont 103 milliards d’exportations allemandes. Grâce à son ouverture vers l’immense marché chinois, l’Allemagne a connu dix ans de prospérité. Un âge d’or. De son côté, l’apport de la technologie industrielle allemande a permis à la Chine de rattraper, voire de dépasser les pays occidentaux dans quantité de secteurs.

Or, la relation de l’Occident à la Chine est en train de changer. De partenaire fiable, la Chine s’est transformée en “rival systémique”. Ce sont les termes inclus dans le contrat de gouvernement allemand, sous la pression des Verts. Les raisons du changement d’attitude à l’égard de la Chine sont connues: régime dictatorial, mépris des droits de l’homme, menace sur Taiwan, montée en puissance militaire, concurrence déloyale, économie largement subventionnée, ambition hégémonique. “Nous ne pouvons plus nous permettre d’être dépendants de pays qui ne partagent pas nos valeurs”, a déclaré Annalena Baerbock, la ministre des affaires étrangères. Une nouvelle stratégie à l’égard de la Chine doit être élaborée en 2023, permettant de réduire la vulnérabilité des firmes allemandes. Signe que les tensions montent: six ministres allemands se sont opposés à la cession de 35% d’un terminal à conteneurs du port de Hambourg à la société chinoise Cosco. Ils ne veulent pas d’une nouvelle porte d’accès aux produits “made in China”. A la vieille du voyage de Scholz, un compromis a été trouvé in extremis pour ne pas froisser les Chinois. Cosco n’aura que 25%, sans minorité de blocage.

En attendant, les grands patrons allemands qui ont accompagné Scholz persistent et signent. Refusant toute forme de “découplage”, ils veulent non seulement rester en Chine mais s’y développer. C’est là que se trouve leur principal marché. Le conglomérat chimique BASF va construire une usine géante à Zhanjiang alors qu’il a l’intention de réduire sa présence en Europe en raison des coûts de l’énergie. Montant de l’opération: 10 milliards d’euros. L’accessoiriste automobile Hella va doubler la capacité de son usine de Shanghai et Aldi va ouvrir des centaines de supermarchés. Alors, comment rompre cette dépendance? Fameux casse-tête pour l’Allemagne et pour l’Occident en général.

L’obligation de la semaine.

L’émission Bouygues SA à échéance juin 2032 et libellée en euros offre un coupon de 4,625%. Proposée sur le marché secondaire, son prix est légèrement au dessus du pair (101,724), ce qui donne un rendement de 4,398%. Notée A- par Standard & Poor’s et A3 par Moody’s, cette obligation affiche un rating ‘investment grade”. Elle a reçu un accueil très favorable sur le marché primaire, à telle enseigne qu’elle a incité Bouygues a relever le montant de l’émission. Bouygues est un groupe français connu, présent dans de nombreux secteurs: la construction, la construction de routes, l’immobilier, les télécoms et les médias. Il emploie 200.000 collaborateurs dans 80 pays. Le capital rapporté par cette obligation permettra à Bouygues de se hisser parmi les leaders mondiaux des services multitechniques suite à l’acquisition d’Equans, l’entité de services multitechniques d’Engie.

L’action de la semaine.

On attend notamment les résultats trimestriels de Merck, Allianz, Siemens, Bayer, Deutsche Telecom, ABN Amro, KBC, Nissan, Veolia, Richemont, AstraZeneca et aussi de Walt Disney. La firme aux grandes oreilles a rebondi après la période du lockdown et la fermeture de ses parcs mais elle est impactée par la hausse du dollar et par l’inflation qui pousse les familles à réduire leurs dépenses. Le merchandising, qui est le pôle le plus profitable de Disney, en subit les conséquences. De plus, le pôle streaming engloutit beaucoup d’argent et reste déficitaire. Au dernier trimestre, Disney+ comptait 152,1 millions d’abonnés et 221 millions en tenant compte des filales Hulu et ESPN+. Le cabinet Zacks prévoit un gain de 10 millions d’abonnés pour Disney+ ce trimestre. Comme son rival Netflix, Disney+ propose désormais un abonnement moins cher incluant de la publicité. Disney a perdu près de 36% depuis le début de l’année mais Zacks estime que le titre n’est pas bon marché pour autant et il est neutre par rapport à l’action. 

Toute l'équipe de Goldwasser Exchange vous souhaite une bonne semaine.